Mammographie avec implants : la manœuvre d’Eklund expliquée

La présence d'implants mammaires ne gêne aucunement la réalisation d'une mammographie. Néanmoins, la technique doit être adaptée. Cet article vous explique tout ce qu'il faut savoir à ce sujet.

Mammographie avec implants : la manœuvre d’Eklund expliquée
Peut-on passer une mammographie sans risque avec des implants mammaires ?

Introduction

Beaucoup de femmes porteuses d’implants mammaires (après une augmentation mammaire à visée esthétique) s’interrogent au moment de réaliser une mammographie : l’examen est-il possible ? Est-il fiable ? Peut-il abîmer une prothèse ? Ces inquiétudes sont fréquentes et légitimes, car la présence d’implants modifie l’anatomie du sein et peut rendre plus difficile la visualisation complète de la glande mammaire.

Heureusement, les radiologues disposent aujourd’hui de techniques adaptées pour garantir un dépistage efficace et sécurisé. Parmi elles, la manœuvre d’Eklund – également appelée implant-displaced views ou clichés déplacés – est devenue la référence. Elle permet de déplacer temporairement la prothèse afin de mieux analyser le tissu mammaire et de ne pas compromettre le diagnostic.

Dans cet article, nous allons expliquer en détail comment se déroule une mammographie avec implants, ce qu’est la technique d’Eklund, dans quels cas l’examen peut être complété par une échographie ou une IRM, et répondre aux questions les plus fréquentes des patientes. L’objectif est de vous rassurer : avoir des implants mammaires n’empêche pas un dépistage de qualité.

Points clés

  • La mammographie est possible et fiable avec des implants, grâce à la manœuvre d’Eklund.
  • L’examen comporte généralement 8 clichés au lieu de 4.
  • La présence d’implants n’expose à aucun risque particulier lors du dépistage.
  • L’échographie ou l’IRM sont utilisées uniquement en complément, selon le contexte.
  • Il est important d’informer le radiologue de la présence d’implants et d’apporter sa carte d’implant.

La mammographie est-elle faisable avec des implants mammaire ?

La mammographie est l’examen de référence pour le dépistage du cancer du sein. En France, le Ministère des Solidarités et de la Santé recommande un dépistage tous les deux ans entre 50 et 74 ans, qu’il y ait ou non des implants mammaires. Contrairement à une idée reçue, les prothèses n’empêchent pas la réalisation de l’examen, mais elles nécessitent des adaptations.

La position des implants joue un rôle important dans la visibilité du tissu mammaire. Lorsqu’on les place devant le muscle pectoral, les implants peuvent comprimer la glande mammaire et masquer une partie du sein. A l’inverse, lorsqu’on positionne les implants derrière le muscle, une plus grande proportion de tissu mammaire reste accessible à l’imagerie, ce qui facilite l’interprétation. Dans tous les cas, les radiologues utilisent aujourd’hui des techniques spécifiques permettant d’obtenir des images fiables et de ne pas compromettre la qualité du dépistage.

C’est dans ce contexte que la technique d’Eklund s’est imposée comme la méthode de référence. Elle permet d’améliorer considérablement la lisibilité des clichés, même chez les patientes porteuses d’implants placés en avant du muscle.

Qu’est-ce que la technique d’Eklund (implant-displaced views) ?

La manœuvre d’Eklund a été décrite dans les années 1980 et s’est rapidement imposée comme la technique de choix pour les mammographies avec implants. Son principe est de repousser doucement la prothèse vers l’arrière, contre le muscle thoracique, afin de tirer la glande mammaire vers l’avant et de la comprimer seule sur le détecteur. L’implant reste donc en arrière, cela permet d’isoler le tissu mammaire afin qu’il soit mieux visible à l’imagerie.

Cette approche permet de réaliser ce que l’on appelle des “clichés déplacés”, qui complètent les images standard. Au lieu des quatre clichés habituels (deux par sein), la mammographie avec implants comprend en général huit clichés, ce qui double le nombre d’images analysées et améliore la sensibilité de l’examen.

Contrairement aux inquiétudes parfois exprimées par les patientes, cette manœuvre est sûre et n’endommage pas les implants. Elle est désormais enseignée et pratiquée dans la majorité des centres de radiologie et fait partie des standards internationaux.

Comment se déroule la mammographie avec des prothèses mammaires ?

Une mammographie avec implants suit les mêmes étapes qu’une mammographie classique, avec quelques précautions supplémentaires. Avant l’examen, il est important de prévenir le centre d’imagerie que vous portez des prothèses mammaires. Apporter la carte d’implant, qui contient les références du dispositif, est toujours utile car elle facilite l’adaptation du protocole.

Pendant l’examen, on vous installe en position debout et on positionne votre sein sur le détecteur. Le manipulateur réalise d’abord les clichés standards, puis procède aux clichés déplacés selon la technique d’Eklund. Il tire le sein délicatement en avant tandis qu’il repousse l’implant en arrière. Cette manipulation permet d’obtenir des images plus lisibles du tissu glandulaire. L’examen dure un peu plus longtemps qu’une mammographie classique, car on réalise deux fois plus de clichés.

Après l’examen, le radiologue va analyser vos images. Si certaines zones restent insuffisamment visibles, celui-ci peut compléter le bilan par une échographie mammaire. Dans certaines situations plus spécifiques, le radiologue pourra vous proposer une IRM mammaire.

Quand compléter par échographie ou IRM ?

La mammographie, même avec la technique d’Eklund, peut parfois laisser des zones masquées, en particulier si les implants sont placés devant le muscle ou si le sein est naturellement très dense. Dans ce cas, on complète habituellement par une échographie mammaire. Elle permet de visualiser les régions non accessibles à la mammographie et de détecter de petites anomalies, comme des kystes ou des nodules.

L’IRM mammaire n’est pas un examen de dépistage de routine. Elle est réservée à des indications particulières : suspicion de rupture d’implant, surveillance spécifique chez des femmes porteuses de mutations génétiques comme BRCA, exploration d’un sein très dense ou encore bilan d’un cancer déjà diagnostiqué. Dans ces cas précis, l’IRM offre une sensibilité maximale et complète parfaitement la mammographie et l’échographie.

Il faut retenir que, pour la grande majorité des femmes porteuses d’implants, le dépistage repose avant tout sur la mammographie avec clichés déplacés, éventuellement associée à une échographie. L’IRM reste une solution de complément ciblée et non systématique.

Conclusion

Les implants mammaires ne constituent pas un obstacle au dépistage du cancer du sein. La manœuvre d’Eklund permet d’analyser le tissu mammaire de manière fiable et sécurisée. La mammographie reste donc l’examen de première intention, que l’on complète si besoin par une échographie ou une IRM.

Il est important de rappeler que le dépistage précoce sauve des vies. Les femmes porteuses d’implants doivent donc continuer à réaliser leurs mammographies. Signaler la présence des prothèses, apporter la carte d’implant et accepter les clichés déplacés garantissent un examen adapté. Cet examen ne présente aucun risque pour les implants. En cas de doute sur la mammographie, le radiologue adapte le protocole (échographie mammaire our IRM mammaire complémentaire) pour assurer une surveillance optimale.

FAQ / Questions fréquentes sur la mammographie avec implants mammaires

La mammographie est-elle dangereuse avec des implants mammaires ?

Non. La mammographie n’endommage pas les prothèses mammaires. La compression est progressive et adaptée, et la manœuvre d’Eklund évite de solliciter directement l’implant. Les cas de rupture liés à une mammographie sont exceptionnels.

L’examen fait-il plus mal avec la technique d’Eklund ?

La mammographie peut être inconfortable, même sans implant. La technique d’Eklund ajoute quelques manipulations pour déplacer la prothèse, mais la gêne n’est pas supérieure à celle d’un examen classique.

La mammographie peut-elle détecter un cancer du sein si j’ai des implants mammaires ?

Oui. Grâce aux clichés déplacés, la majorité du tissu mammaire est visible. Dans certains cas, le radiologue complète l’examen par une échographie pour explorer des zones non vues.

Une IRM est-elle nécessaire systématiquement ?

Non. L’IRM n’est pas utilisée en dépistage de routine. Elle est réservée à des cas précis : suspicion de rupture d’implant, sein très dense, haut risque génétique (BRCA), ou bilan d’un cancer déjà diagnostiqué.

Dois-je signaler mes implants mammaires avant l’examen ?

Oui, c’est indispensable. Le radiologue doit savoir que vous portez des implants pour appliquer la manœuvre d’Eklund et obtenir des clichés adaptés. Apporter sa carte d’implant facilite aussi la prise en charge.

Peut-on passer une mammographie juste après une chirurgie mammaire ?

En post-opératoire récent, il est préférable d’attendre quelques mois pour laisser le sein cicatriser avant de réaliser une mammographie. En cas de nécessité, d’autres examens comme l’échographie ou l’IRM peuvent être privilégiés.

Les implants mammaires derrière le muscle facilitent-ils la mammographie ?

Oui. Une prothèse rétro-pectorale laisse plus de tissu mammaire accessible à la mammographie, ce qui améliore la qualité de l’examen.

Dr Samuel Struk

ARTICLE REDIGÉ PAR LE DR STRUK

Chirurgien esthétique et plasticien spécialisé en chirurgie mammaire, reconnu par le Conseil de l’Ordre de Paris.

Ancien Assistant Spécialiste à l’Institut Gustave Roussy, je suis actuellement chirurgien attaché à l’Institut Curie pour la reconstruction mammaire après cancer du sein.

Je pratique par ailleurs la chirurgie esthétique du sein dans le Groupe Hospitalier Privé Ambroise Paré – Hartmann, à Neuilly-sur-Seine.



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