Page rédigée et validée médicalement par le Dr Samuel Struk, chirurgien plasticien inscrit au tableau de l’Ordre des médecins de Paris (numéro RPPS : 10101382645), membre de la SOFCPRE et de la SOFCEP · relue et mise à jour le 6 octobre 2026
La reconstruction mammaire par lipofilling exclusif permet de reconstruire un sein après une mastectomie en utilisant seulement votre graisse, sans prothèse et sans lambeau. La graisse est prélevée par lipoaspiration (liposuccion) au niveau du ventre, des hanches, des cuisses ou du dos, puis préparée avant d’être réinjectée progressivement dans la région du sein.
Expert en chirurgie mammaire à Paris et praticien attaché à l’Institut Curie, je propose cette technique aux femmes qui souhaitent une reconstruction sans implant et sans cicatrice liée au prélèvement d’un lambeau, lorsque le volume du sein à reconstruire reste modéré et que les réserves de graisse sont suffisantes. À l’Institut Curie, chaque séance de lipofilling réalisée dans le cadre de la reconstruction mammaire est prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale, sans dépassement d’honoraires.
Cette page détaille le principe de la reconstruction mammaire par injections de graisse seules, les situations dans lesquelles je la propose, le déroulement des différentes séances et de la convalescence, les résultats que l’on peut en attendre ainsi que ses principaux risques et limites, notamment après une radiothérapie.
Reconstruction mammaire par lipofilling exclusif en bref
- Le principe : reconstruire le sein avec votre graisse seule. À chaque séance, on prélève de la graisse par lipoaspiration sur le ventre, les hanches, les cuisses ou le dos, puis on la réinjecte en petites quantités dans les tissus du thorax. Il s’agit d’une reconstruction autologue, avec vos propres tissus, mais sans lambeau et sans corps étranger.
- Plusieurs interventions sont nécessaires, parfois jusqu’à 5 ou 6, espacées de 3 à 4 mois. Une partie de la graisse injectée se résorbe après chaque séance et les tissus ne peuvent en recevoir qu’une quantité limitée à la fois. La reconstruction complète demande donc le plus souvent entre un et deux ans.
- Je la propose à une patiente qui ne souhaite pas de lambeau, pour reconstruire un sein de volume modéré, à condition que ses réserves de graisse soient suffisantes. Elle convient surtout à la reconstruction secondaire, y compris après une radiothérapie.
- Chaque séance dure environ une heure, sous anesthésie générale, en ambulatoire, avec un retour à domicile le jour même et environ 10 jours d’arrêt de travail. Les cicatrices, aux points de prélèvement et d’injection, sont généralement inférieures à un centimètre.
- Ses limites : le volume et le nombre d’interventions. La réussite n’est pas garantie : lorsque la graisse ne s’intègre pas suffisamment, il faut savoir changer de technique. Les kystes de cytostéatonécrose (kystes huileux de graisse cicatricielle) sont par ailleurs fréquents.
- Prise en charge à 100 % au titre de l’ALD : chaque séance est réalisée à l’Institut Curie, sans dépassement d’honoraires.
Informations pratiques
- Consultation : 99 rue de Prony, 75017 Paris, ou directement à l’Institut Curie.
- Intervention : Institut Curie (Saint-Cloud).
- Rendez-vous : prendre rendez-vous sur Doctolib ou au 01 42 94 19 88.
Reconstruction mammaire par lipofilling exclusif
La reconstruction mammaire par lipofilling exclusif vise à reconstruire le sein après une mastectomie uniquement avec votre graisse, qu’on prélève par lipoaspiration puis qu’on réinjecte au niveau du thorax, en plusieurs séances.
Elle appartient à la famille de la reconstruction mammaire autologue, mais, à la différence des lambeaux DIEP, PAP et grand dorsal, la graisse qu’on injecte est une « greffe », qui n’apporte pas ses propres vaisseaux et dont une partie se résorbe.
Elle ne laisse pas les grandes cicatrices des lambeaux, seulement de petites incisions inférieures à un centimètre, et n’implique aucun corps étranger, contrairement à la reconstruction mammaire par prothèse.
On la propose principalement en reconstruction mammaire secondaire, à distance de la mastectomie, y compris après une radiothérapie lorsque l’état des tissus le permet.
Elle s’adresse aux femmes qui disposent de réserves de graisse suffisantes, dont le sein à reconstruire est de volume modéré, et qui acceptent plusieurs interventions espacées de 3 à 4 mois.
Elle exige l’arrêt complet du tabac au moins un mois avant et un mois après chaque séance.

Reconstruction du sein par injections de graisse
Qu’est-ce que la reconstruction mammaire par lipofilling exclusif ?
La reconstruction mammaire par lipofilling exclusif consiste à reconstruire le volume du sein après une mastectomie uniquement à l’aide d’injections de votre propre graisse. On parle aussi de reconstruction par lipomodelage exclusif, de greffe de graisse ou de transfert autologue de graisse. Ces termes désignent le même geste.
Le mot « exclusif » a son importance. Il signifie que la graisse est, à elle seule, le matériau de la reconstruction. Il n’y a donc ni corps étranger, ni lambeau. Comme aucune intervention ne permet d’injecter en une seule fois tout le volume d’un sein, la reconstruction se fait par étapes, au cours de plusieurs séances espacées de 3 à 4 mois.
Une reconstruction autologue, mais sans lambeau
Un lambeau, comme le DIEP ou le PAP, est un bloc de peau et de graisse qu’on transfère avec ses propres vaisseaux sanguins. Il permet ainsi de reconstruire un sein entier en une seule intervention. À l’inverse, la graisse injectée lors d’un lipofilling n’apporte aucune vascularisation propre. Pour survivre, les cellules graisseuses, qu’on appelle adipocytes, doivent être rapidement re-vascularisées par les tissus du thorax dans lesquels elles sont injectées. Ce processus repose sur la néo-angiogenèse : de nouveaux petits vaisseaux sanguins se forment progressivement autour de la graisse et permettent de la revasculariser.
Seule la graisse qui parvient à établir cette nouvelle vascularisation survit durablement. La partie qui ne reçoit pas suffisamment de sang se résorbe au cours des premières semaines et des premiers mois.
Cela explique pourquoi une partie de la graisse se résorbe après chaque séance. Par ailleurs, les tissus du thorax — en particulier lorsqu’ils ont été irradiés — ont une capacité d’expansion limitée. Ils ne peuvent donc accueillir qu’une certaine quantité de graisse à chaque intervention.
Le volume se construit ainsi progressivement, séance après séance. Chaque nouvelle injection est réalisée dans des tissus déjà épaissis et enrichis par la séance précédente, ce qui permet d’augmenter peu à peu la capacité d’accueil du sein reconstruit.
Le mécanisme de la prise de greffe, la façon dont la graisse est prélevée et purifiée, et les raisons pour lesquelles une partie se résorbe sont expliqués en détail sur la page consacrée à l’injection de graisse dans les seins. La différence entre une greffe et un lambeau est détaillée sur la page consacrée à la reconstruction mammaire autologue.
Quelle différence entre lipofilling exclusif et lipofilling complémentaire ?
Les injections de graisse font partie de la plupart des parcours de reconstruction mammaire, mais on les utilise le plus souvent en complément d’une autre technique. Par exemple, pour augmenter le volume d’un lambeau, épaissir les tissus qui recouvrent une prothèse et en atténuer les contours, ou encore corriger les séquelles d’une tumorectomie. Dans ces situations, une à deux séances suffisent généralement pour obtenir la correction souhaitée.
Le lipofilling exclusif répond à une logique différente. Cette fois, la graisse doit reconstruire à elle seule l’ensemble du volume mammaire, en partant d’un thorax plat. Les volumes injectés et le nombre de séances nécessaires sont donc nettement plus importants, ce qui limite les indications de cette technique.
L’équipe lyonnaise d’Emmanuel Delay, qui pratique le lipofilling exclusif depuis 2001, a progressivement resserré ses critères de sélection. La candidate idéale présente un sein de petit volume et dispose de réserves graisseuses suffisantes pour permettre plusieurs prélèvements, généralement jusqu’à quatre ou cinq séances. Les auteurs soulignent que les indications d’une reconstruction par graisse seule restent en réalité très limitées, le lipofilling donnant de très bons résultats lorsqu’il est associé à une autre reconstruction avec vos propres tissus, comme un lambeau (Delay et al., 2018).
Je partage cette approche prudente et cette sélection stricte des indications.
Que dit la littérature scientifique sur la reconstruction d’un sein entier par injections de graisse ?
En 2026, Galip Gencay Üstün et Gökberk Çavuşoğlu, de l’université Hacettepe, en Turquie, ont passé en revue seize études consacrées à la reconstruction complète du sein par injections de graisse après une mastectomie, soit 764 patientes, 996 seins et 3 068 séances (Üstün et Çavuşoğlu, 2026).
Il fallait en moyenne 3,5 séances de lipofilling pour reconstruire un sein, avec environ 230 ml de graisse injectée à chaque séance et un peu plus de 740 ml au total. Les patientes qui avaient reçu une radiothérapie avaient besoin de davantage de séances, sans davantage de complications.
Certaines équipes cherchent à préparer les tissus avant de débuter la reconstruction par lipofilling, à l’aide d’une expansion externe : une sorte de ventouse portée sur le thorax pendant plusieurs semaines avant chaque séance (technique « BRAVA » notamment). Cette technique permettrait d’injecter davantage de graisse à chaque intervention afin de réduire le nombre de séances nécessaires. L’expansion externe est néanmoins associée à davantage de complications.
Ces résultats correspondent à ma pratique. Je n’utilise pas de dispositif d’expansion externe, car les contraintes qu’il impose au quotidien, son absence de remboursement en France et le sur-risque de complications associé ne me paraissent pas justifiés. Je préfère fractionner les injections de graisse sur plusieurs séances, en respectant à chaque fois la quantité que vos tissus peuvent accueillir, afin d’optimiser la prise de la graisse dans votre sein.
Pour qui est indiquée la reconstruction par lipofilling exclusif ?
Je propose le lipofilling exclusif aux patientes qui ne souhaitent ni lambeau ni prothèse, lorsque le sein à reconstruire est de volume modéré et que les réserves de graisse sont suffisantes. Cette technique implique d’accepter un parcours relativement long, comportant plusieurs interventions, avec un résultat final moins prévisible qu’avec d’autres méthodes de reconstruction. Celui-ci dépend en effet, à chaque séance, de la proportion de graisse injectée qui survivra et s’intégrera durablement dans les tissus.
Il est important de comprendre que cette stratégie peut parfois ne pas permettre d’obtenir le résultat souhaité. Il faut savoir s’arrêter et envisager une autre technique de reconstruction, plutôt que de multiplier inutilement les séances, si les injections de graisse seules ne semblent pas en mesure de donner un volume suffisant ou une forme satisfaisante.
Le profil de la bonne candidate à une reconstruction par lipofilling exclusif
Si vous souhaitez une reconstruction sans prothèse et sans la cicatrice liée au prélèvement d’un lambeau, plusieurs conditions doivent néanmoins être réunies pour que le lipofilling exclusif puisse donner un résultat satisfaisant.
- Des réserves de graisse suffisantes. À chaque séance, la graisse est prélevée sur l’une des zones qui en disposent, le plus souvent le ventre, les hanches, les cuisses ou le dos. Comme la reconstruction nécessite plusieurs séances, il faut disposer de réserves suffisantes pour permettre des prélèvements répétés. C’est l’une des principales limites de la technique, notamment chez les femmes minces.
- Un sein à reconstruire de volume modéré. Plus le volume à reconstruire est important, plus il est difficile d’obtenir un résultat satisfaisant par lipofilling exclusif. Lorsque le sein opposé est volumineux, une réduction mammaire de ce côté peut permettre de diminuer le volume à reconstruire et ainsi faciliter la reconstruction.
- Un poids stable. La graisse transférée pour reconstruire le sein reste un tissu vivant : son volume varie avec votre poids. Elle peut augmenter en cas de prise de poids et diminuer en cas d’amaigrissement. Il est donc préférable d’avoir un poids stable avant la reconstruction. Une perte de poids importante pourrait en effet réduire le volume du sein reconstruit.
- L’arrêt complet du tabac. Le tabac diminue la vascularisation des tissus, c’est-à-dire leur apport sanguin. Or la survie de la graisse qu’on injecte sous la peau dépend directement de cette vascularisation. L’arrêt du tabac est donc indispensable pour favoriser la prise de la greffe graisseuse.
- L’acceptation de plusieurs interventions. La reconstruction nécessite plusieurs séances, parfois jusqu’à 5 ou 6, espacées de 3 à 4 mois. Chacune implique une anesthésie générale, une lipoaspiration, une prise en charge ambulatoire et une dizaine de jours d’arrêt de travail.
- Le souhait d’une reconstruction sans prothèse et sans cicatrice de lambeau.
Quelles sont les chances de réussite d’une reconstruction par lipofilling exclusif ?
L’équipe de Johanna Lemaitre, en région nantaise, a analysé en 2022 le parcours de 118 patientes chez lesquelles une reconstruction mammaire par lipofilling exclusif avait été initialement prévue entre 2015 et 2020 (Lemaitre et al., 2022).
La reconstruction a pu être menée à son terme avec la graisse seule chez 86 patientes, soit 73 %. Autrement dit, un peu plus d’une patiente sur quatre n’a pas pu achever sa reconstruction de cette façon. Le seul facteur associé à un risque accru d’échec était la radiothérapie, avec un risque presque trois fois plus élevé (odds ratio : 2,90).
Parmi les patientes ayant achevé leur reconstruction, 85 % estimaient que le résultat répondait à leurs attentes et 83 % jugeaient leur qualité de vie bonne ou très bonne. Les auteurs concluent que cette technique devrait probablement être réservée aux patientes motivées, dont le sein à reconstruire est de petit volume ou qui acceptent une réduction du sein opposé.
Ces données montrent que le lipofilling exclusif peut donner de bons résultats, mais que sa réussite n’est pas garantie et que son indication doit être posée avec rigueur. Ils correspondent à mes propres critères de sélection : un sein de volume modéré, des réserves de graisse suffisantes et une patiente pleinement informée qu’il pourra être nécessaire de changer de stratégie en cours de reconstruction.
À quel moment peut-on reconstruire un sein par lipofilling exclusif ?
En reconstruction mammaire secondaire
C’est la situation la plus fréquente. Après une mastectomie sans reconstruction, souvent suivie d’une radiothérapie, la peau du thorax est généralement fine et adhérente. Les premières séances de lipofilling permettent progressivement d’épaissir et d’assouplir les tissus, avant que les suivantes ne reconstruisent le volume du sein.
Lorsqu’une radiothérapie a été réalisée, je débute en général les séances environ un an après la fin du traitement, lorsque les tissus ont suffisamment récupéré. Les particularités de cette situation sont détaillées plus bas.
En savoir plus sur la reconstruction mammaire secondaire.
En reconstruction mammaire immédiate
On propose rarement le lipofilling exclusif en même temps que la mastectomie. Il peut l’être lorsqu’aucune radiothérapie n’est prévue, chez une patiente dont le sein est de volume modéré, sans ptôse (c’est-à-dire qui ne tombe pas) et qui ne souhaite aucune autre technique. On ne peut pas injecter de la graisse ne pouvant dans un espace vide, la première séance consiste alors à l’injecter dans le muscle pectoral, sous la peau conservée du sein. Les séances suivantes complètent le volume.
En savoir plus sur la reconstruction mammaire immédiate.
En reconstruction mammaire tertiaire
Je ne réalise pas de lipofilling exclusif pour remplacer une prothèse déjà en place. Dans cette situation, je privilégie une reconstruction par lambeau, qui apporte immédiatement le volume de l’implant retiré et limite le risque de rétraction de la peau entre les séances ; la graisse garde une place en complément.
En savoir plus sur la reconstruction mammaire tertiaire.
En chirurgie prophylactique
Je ne propose pas de lipofilling exclusif après une mastectomie préventive bilatérale. Dans cette situation, les réserves de graisse disponibles sont en pratique presque toujours insuffisantes pour reconstruire deux seins. Une reconstruction par prothèses ou par double lambeau — double DIEP ou double PAP — permet au contraire de reconstruire les deux seins au cours d’une même intervention.
En savoir plus sur la mastectomie prophylactique.
Quelles sont les contre-indications au lipofilling exclusif ?
Réserves de graisse insuffisantes
Chez une femme très mince, les réserves de graisse sont souvent insuffisantes pour permettre plusieurs séances de lipofilling. Si l’objectif reste une reconstruction sans prothèse, un lambeau PAP, prélevé à la face interne de la cuisse, peut alors constituer une alternative. Lorsque cette option n’est pas possible ou pas adaptée, le lambeau de grand dorsal, généralement associé à une prothèse ou à des injections de graisse, représente une solution de recours.
Sein volumineux ou tombant
La graisse seule ne permet pas de reconstruire de façon satisfaisante un sein volumineux, ni de recréer une ptôse lorsque le sein opposé est tombant. Dans cette situation, un lambeau DIEP est généralement mieux adapté. En revanche, si vous acceptez une réduction du sein opposé au moment de la symétrisation, le volume à reconstruire diminue et le lipofilling exclusif peut parfois redevenir une option.
Tabac
Un tabagisme actif diminue les chances de survie de la graisse injectée et augmente le risque de complications, notamment infectieuses. Je vous demanderai donc d’arrêter complètement la nicotine, cigarette électronique et substituts nicotiniques compris, au moins un mois avant et un mois après chaque séance, comme pour toute reconstruction mammaire secondaire.
Cancer du sein évolutif
Les injections de graisse ne sont pas réalisées lorsque la maladie est évolutive ou n’est pas en rémission, ni avant la fin des traitements locaux et de la chimiothérapie éventuelle.
La graisse qu’on injecte contient en effet des cellules et des facteurs de croissance capables de favoriser la vascularisation et la régénération des tissus. Il existe donc un risque théorique qu’elle puisse également stimuler d’éventuelles cellules tumorales résiduelles. Même si les études cliniques sont aujourd’hui globalement rassurantes sur la sécurité du lipofilling après traitement d’un cancer du sein, il est préférable d’attendre que le cancer soit stabilisé avant d’entreprendre ce type de reconstruction (voir plus bas).
La nomenclature de l’Assurance maladie encadre par ailleurs ce délai (voir l’encart ci-dessous). Nous respectons ces règles à l’Institut Curie.
À retenir — délai après les traitements du cancer du sein
La décision de l’UNCAM du 24 juillet 2017 (Journal officiel du 31 août 2017), qui a inscrit les injections de graisse dans le sein à la nomenclature, précise que le lipofilling mammaire est contre-indiqué pendant les deux années suivant la fin des traitements locaux après une chirurgie conservatrice, ainsi qu’après une mastectomie totale lorsqu’il existe un risque élevé de récidive.
Cette disposition a été maintenue par la décision de l’UNCAM du 17 septembre 2021 (Journal officiel du 9 novembre 2021), qui a par ailleurs précisé les conditions de réalisation des séances : un espacement d’au moins 2 à 3 mois et un nombre total ne dépassant pas six séances.
Souhait d’une reconstruction en une seule intervention
Si vous souhaitez reconstruire le sein en une seule intervention, le lipofilling exclusif n’est pas la technique la plus adaptée. Dans ce cas, une prothèse ou un lambeau répondent mieux à cet objectif. Le lipofilling exclusif s’inscrit au contraire dans un parcours plus long, qui s’étale généralement sur un à deux ans, les différentes séances étant espacées de 3 à 4 mois.
Avantages, inconvénients et risques du lipofilling exclusif
Les avantages du lipofilling exclusif
- Des cicatrices minimes. Les points de prélèvement et d’injection sont des incisions généralement inférieures à un centimètre, quasi imperceptibles à terme. Il n’y a ni cicatrice de lambeau, ni cicatrice nouvelle sur le sein.
- Aucun corps étranger. Le sein est reconstruit avec vos propres tissus. Il n’y a donc ni prothèse à remplacer un jour, ni risque de coque autour d’un implant.
- Un sein souple, chaud et naturel. La graisse a une texture proche de celle de la glande mammaire. Le sein reconstruit suit les variations de votre poids, comme l’autre sein.
- Une silhouette affinée. La lipoaspiration nécessaire au prélèvement affine les zones donneuses. Il s’agit d’un bénéfice secondaire appréciable de cette technique.
- Des interventions courtes, en ambulatoire. Chaque séance d’injection de graisse dure environ une heure. Le retour à domicile se fait le jour même et la convalescence dure une dizaine de jours.
- Une technique possible après une radiothérapie, alors qu’une prothèse, sous une peau irradiée, expose à davantage de complications.
Reconstruction par graisse seule ou par prothèse : quelle qualité de vie ?
Un essai randomisé récent, mené dans sept hôpitaux des Pays-Bas par l’équipe d’Andrzej Piatkowski, à Maastricht, a comparé directement la reconstruction mammaire par lipofilling exclusif à la reconstruction par prothèse (Piatkowski et al., 2023).
L’étude a inclus 193 femmes ayant eu une mastectomie, sans radiothérapie prévue, réparties par tirage au sort entre une reconstruction par lipofilling exclusif, précédée d’une expansion externe, et une reconstruction par prothèse.
Elle incluait aussi bien des patientes prises en charge en reconstruction immédiate qu’en reconstruction secondaire.
Un an après la reconstruction, la qualité de vie mesurée par le questionnaire BREAST-Q (questionnaire médical international de référence mesurant le ressenti des femmes opérées du sein) était globalement meilleure après lipofilling exclusif. Le volume obtenu était toutefois plus faible : environ 300 ml contre 384 ml avec une prothèse. Six patientes ont également interrompu le protocole de lipofilling, jugé trop contraignant.
Cette étude conforte le lipofilling exclusif comme une troisième option de reconstruction, moins invasive, pour les patientes qui ne souhaitent ni prothèse ni lambeau. Elle en rappelle aussi les limites : un volume obtenu plus faible et un parcours en plusieurs interventions, espacées de plusieurs mois, que certaines patientes jugent trop lourd.
Les injections y étaient précédées d’une expansion externe, contrairement à ma pratique. Les volumes obtenus ne sont donc pas directement transposables, mais la qualité de vie mesurée tient au principe même d’une reconstruction avec votre graisse, sans corps étranger.
Les inconvénients du lipofilling exclusif
- Un parcours long, avec plusieurs interventions. Le parcours s’étale le plus souvent sur un à deux ans. Chaque séance implique une anesthésie générale, une lipoaspiration et une dizaine de jours d’arrêt de travail.
- Une résorption partielle de la graisse qu’on injecte. Une partie de la graisse injectée se résorbe au cours des premiers mois. La proportion qui survit varie d’une séance à l’autre, ce qui rend le volume final moins prévisible.
- Un volume à reconstruire limité. Le lipofilling exclusif est surtout adapté aux seins de volume modéré. La graisse seule ne permet généralement pas de reconstruire de façon satisfaisante un sein volumineux.
- Des réserves de graisse suffisantes tout au long du parcours. Les prélèvements se répètent à chaque séance : vos réserves doivent y suffire jusqu’à la dernière.
- Un risque d’échec. Malgré plusieurs séances, la graisse peut ne pas s’intégrer suffisamment pour obtenir un volume ou une forme satisfaisants. Il faut alors savoir arrêter et envisager une autre technique de reconstruction, par prothèse ou par lambeau, plutôt que de multiplier inutilement les interventions.
- Des nodules graisseux possibles. Une partie de la graisse qui ne survit pas peut former des zones de cytostéatonécrose (« kystes huileux »). Ces kystes se sentent au toucher sous la forme de petites boules dures dans le sein (voir ci-dessous).
Les risques et complications du lipofilling exclusif
La nécrose graisseuse (cytostéatonécrose)
C’est la complication la plus fréquente du lipofilling. Lorsqu’une partie de la graisse qu’on injecte ne se revascularise pas, elle peut évoluer vers de petits kystes huileux. Il s’agit de nodules fermes, souvent perceptibles au toucher dans les semaines qui suivent une séance.
Ces lésions sont le plus souvent bénignes, mais elles peuvent inquiéter lorsqu’elles sont découvertes à la palpation. Avec le temps, certaines peuvent se calcifier et devenir visibles sur une mammographie. Un radiologue informé de votre reconstruction sait généralement les reconnaître. En cas de doute, une échographie ou une IRM permet le plus souvent de préciser leur nature.
Lorsqu’un kyste est gênant, il peut être ponctionné sous contrôle échographique ou, plus rarement, retiré par un geste simple. Le suivi radiologique après injection de graisse est détaillé sur la page consacrée à l’injection de graisse dans les seins.
L’infection
Elle est exceptionnelle. Son risque est augmenté par le tabac et par l’injection d’un volume de graisse trop important au cours d’une même séance. Lorsque la quantité de graisse qu’on injecte dépasse ce que vos tissus peuvent recevoir, une partie de la graisse peut nécroser puis s’infecter.
L’infection se manifeste le plus souvent dans les jours qui suivent par un sein rouge, chaud, douloureux, parfois accompagné de fièvre. Elle se traite généralement par antibiotiques. Plus rarement, un drainage peut être nécessaire en cas d’abcès véritable.
Les irrégularités des zones de prélèvement
La lipoaspiration affine souvent la silhouette, ce que beaucoup de patientes apprécient. Mais il existe une limite simple : on ne peut pas prélever une graisse que le corps n’a pas. Lorsque les réserves sont faibles, ou lorsque l’on sollicite trop souvent une même zone, le risque est de créer des irrégularités, avec des creux ou un aspect de vagues sous la peau (aspect de « tôle ondulée »).
Pour éviter cela, je répartis les prélèvements entre plusieurs régions au fil des séances et je respecte ce que chaque zone peut raisonnablement fournir. Chercher à prélever davantage au prix d’une déformation de la silhouette n’aurait pas de sens. C’est l’une des principales limites du lipofilling exclusif chez les patientes minces.
La phlébite et l’embolie pulmonaire
Comme toute intervention comportant une lipoaspiration, chaque séance expose à un risque rare de phlébite. La phlébite, ou thrombose veineuse profonde, désigne la formation d’un caillot dans une veine profonde. Ce caillot peut exceptionnellement migrer vers les poumons et provoquer une embolie pulmonaire.
Pour réduire ce risque, un traitement anticoagulant préventif est généralement prescrit pendant environ deux semaines après chaque séance.
La prise insuffisante et l’échec
Lorsque le volume du sein n’augmente plus suffisamment d’une séance à l’autre, il n’est pas utile de multiplier les interventions. Nous ré-évaluerons ensemble le résultat après chaque étape. Si la prise de graisse devient insuffisante, nous devrons changer de stratégie de reconstruction. L’échec du lipofilling exclusif ne ferme pas les autres possibilités. Une reconstruction par prothèse ou par lambeau reste toujours possible.
Quelles complications après des injections de graisse en reconstruction ?
Deux centres de Franche-Comté ont analysé en 2024 l’ensemble de leurs reconstructions mammaires par injections de graisse réalisées entre 2017 et 2021, soit 251 séances chez 91 patientes (Renom et al., 2024).
Chez les patientes reconstruites exclusivement par lipofilling après une mastectomie, il a fallu en moyenne 4,4 séances réparties sur 19 mois, pour un volume total injecté proche de 1,2 litre de graisse.
Sur l’ensemble de la série, toutes indications confondues, les complications rapportées étaient des kystes de nécrose graisseuse (11 %), des infections (4,4 %) et des hématomes (2,2 %). Les auteurs concluent que cette technique présente un faible taux de complications, qu’elle soit utilisée seule ou en complément d’un lambeau.
Ces résultats correspondent à ma pratique. Il faut toujours prévoir plusieurs séances, parfois jusqu’à 5 ou 6, réparties sur un à deux ans, avec des complications limitées et dominées par les kystes de cytostéatonécrose.
Le lipofilling exclusif augmente-t-il le risque de récidive ?
C’est l’une des questions qui inquiètent le plus les patientes. Injecter de la graisse dans la région d’un sein traité pour un cancer peut-il favoriser une récidive ? Cette inquiétude vient notamment d’études expérimentales réalisées en laboratoire, dans lesquelles certaines cellules présentes dans le tissu graisseux semblaient pouvoir stimuler des cellules tumorales.
À ce jour, ce risque théorique n’a pas été confirmé par les études cliniques chez les patientes. Le lipofilling fait désormais pleinement partie des techniques de reconstruction mammaire après cancer. Dans certaines situations bien sélectionnées, il peut même être utilisé en reconstruction mammaire immédiate. Cette indication est bien entendu discutée au cas par cas. Elle doit être validée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), en accord avec l’oncologue référent.
Les données générales concernant la sécurité du lipofilling après un cancer du sein sont détaillées sur la page consacrée à la reconstruction mammaire.
Reconstruire le sein entier avec de la graisse est-il sûr sur le plan oncologique ?
Les premières études rassurantes sur les injections de graisse après un cancer du sein concernaient surtout le lipofilling de complément, réalisé après une reconstruction par prothèse ou par lambeau. La reconstruction d’un sein entier par graisse seule, qui nécessite des injections répétées, devait donc être évaluée spécifiquement.
L’équipe de Maastricht, qui étudie cette technique depuis 2015 dans le cadre des essais BREAST, a publié en 2026 le suivi à long terme de 242 femmes reconstruites exclusivement par graisse entre 2015 et 2025, avec un recul moyen d’environ huit ans. Leurs résultats ont été comparés à ceux de près de 20 000 patientes issues du registre national néerlandais des cancers (van der Venne et al., 2026).
Après ajustement sur les différences entre les groupes, la reconstruction par lipofilling exclusif n’était pas associée à une augmentation de la mortalité. Les auteurs soulignent toutefois les limites de cette comparaison, notamment des populations différentes et une intensité de suivi différente entre les deux groupes. Ils considèrent que ces résultats sont rassurants concernant la sécurité oncologique de la technique, tout en rappelant la nécessité de disposer de séries encore plus importantes.
Ces données renforcent donc la place du lipofilling exclusif dans la reconstruction mammaire après cancer. Elles ne modifient pas pour autant la surveillance oncologique habituelle, dont le rythme et les modalités restent définis par votre oncologue.
Comparatif lipofilling exclusif et reconstruction par prothèse
Pour reconstruire un sein sans recourir à un lambeau, le lipofilling exclusif et la prothèse sont les deux principales options. Elles évitent toutes deux la grande cicatrice liée au prélèvement d’un lambeau. Néanmoins, elles diffèrent profondément par leur principe, la durée du parcours et les contraintes qu’elles imposent.
| Lipofilling exclusif | Reconstruction par prothèse | |
|---|---|---|
| Nombre d’interventions pour le volume | Plusieurs séances, parfois jusqu’à 5 ou 6, espacées de 3 à 4 mois | Une intervention, parfois deux avec une prothèse d’expansion (gonflée progressivement pour étirer la peau), puis lipofilling de complément |
| Peau nécessaire | Peau du thorax épaissie progressivement par la graisse | Peau du sein conservée, ou expansion préalable |
| Après radiothérapie | Possible lorsque l’état des tissus le permet, avec des séances supplémentaires | Risque de coque et de complications plus élevé |
| Toucher et évolution | Votre propre graisse : souple, chaud, suit les variations de poids | Implant en gel de silicone : sein plus ferme, plus haut, de volume fixe |
| Cicatrices | Points de prélèvement et d’injection inférieurs à un centimètre | Aucune cicatrice autre que celle de la mastectomie |
| À long terme | Reconstruction définitive, pas d’autre opération une fois le sein reconstruit | Surveillance régulière et remplacement de l’implant une ou plusieurs fois au cours de la vie |
En résumé
- Je propose plutôt le lipofilling exclusif lorsqu’une patiente ne souhaite ni prothèse ni lambeau, que le sein à reconstruire est de volume modéré, que les réserves de graisse sont suffisantes et qu’elle accepte un parcours comportant plusieurs interventions. Cette option peut également être envisagée après une radiothérapie, lorsque l’état des tissus le permet.
- Je propose plutôt une reconstruction par prothèse lorsque la peau du sein peut être conservée au moment de la mastectomie, en reconstruction mammaire immédiate, pour un sein de petit volume et peu ptôsé, en l’absence de radiothérapie prévue.
Le comparatif entre le lipofilling exclusif et les reconstructions par lambeau est présenté sur la page consacrée aux techniques de reconstruction mammaire.
Comment se déroule une reconstruction par lipofilling exclusif ?
Consultation au cabinet ou à l’Institut Curie
La consultation pourra avoir lieu à mon cabinet (99 rue de Prony, Paris 17ᵉ) ou bien directement à l’Institut Curie. J’examinerai d’abord la qualité de la peau du sein à reconstruire, en particulier si elle a été irradiée, ainsi que le sein opposé afin d’évaluer le volume à obtenir. Nous déterminerons ensuite si vos réserves de graisse sont suffisantes pour permettre plusieurs séances.
Nous discuterons ensemble du nombre de séances probablement nécessaires, mais aussi des alternatives possibles si le lipofilling exclusif ne paraît pas adapté, notamment une reconstruction par lambeau ou par prothèse.
Un arrêt complet du tabac et de la nicotine est indispensable. Votre poids doit également être stable. Des variations importantes de poids peuvent en effet modifier le résultat, aussi bien au niveau du sein reconstruit que des zones de prélèvement. Un amaigrissement marqué après l’intervention peut notamment entraîner une perte de volume du sein reconstruit.
Une séance de lipofilling étape par étape
Chaque séance se déroule au bloc opératoire de l’Institut Curie, sous anesthésie générale, en ambulatoire, et dure environ une heure. Elle comporte trois étapes.
Le prélèvement de la graisse est réalisé par lipoaspiration (ou « liposuccion »), à l’aide de fines canules introduites par de petites incisions. La graisse peut être prélevée au niveau du ventre, des hanches, des cuisses ou du dos, selon votre morphologie et vos réserves. La technique est comparable à celle utilisée en chirurgie esthétique, à la différence que la graisse aspirée est ici conservée pour être réinjectée. En pratique, on se concentre sur une région du corps à chaque séance.
La purification de la graisse permet de séparer les cellules graisseuses du sang (adipocytes), du liquide infiltré au début de l’intervention pour faciliter le prélèvement et de l’huile libérée par les cellules abîmées. La graisse est préparée par une centrifugation douce associée à un lavage. L’objectif est de préserver au mieux les adipocytes tout en éliminant les éléments indésirables.
La réinjection de la graisse est ensuite réalisée à l’aide de fines canules, par de petites incisions autour de la région du sein. La graisse est répartie en de multiples trajets très fins, dans le muscle pectoral et dans les tissus situés sous la peau de la mastectomie. La quantité injectée à chaque séance dépend de la capacité d’accueil des tissus. Elle peut augmenter progressivement au fil des séances, à mesure que ceux-ci s’épaississent, s’assouplissent et sont mieux vascularisés.

Prélèvement de la graisse par lipoaspiration, purification, puis injection dans la région du sein à reconstruire.
Le rythme des séances et la durée du parcours
Les séances sont espacées de 3 à 4 mois. Ce délai correspond au temps nécessaire pour que la graisse qu’on injecte se stabilise. La part qui ne survit pas se résorbe au cours des premiers mois. Avant chaque nouvelle séance, nous évaluerons ensemble le volume obtenu et nous déciderons de la suite.
Il faut prévoir plusieurs séances, parfois jusqu’à 5 ou 6, ce qui représente le plus souvent un à deux ans pour achever la reconstruction. Les premières séances permettent surtout d’épaissir et d’assouplir les tissus du thorax, notamment lorsqu’ils ont été fragilisés par une radiothérapie. Les séances suivantes servent progressivement à construire le volume et à modeler la forme du sein.
Quand réalise-t-on la symétrisation et l’aréole ?
Une fois le volume souhaité obtenu, la symétrisation de l’autre sein, par lifting ou réduction mammaire, peut être réalisée au cours de l’une des dernières séances. Elle peut être associée, dans le même temps opératoire, à la reconstruction de l’aréole et du mamelon.
Convalescence, cicatrices et résultats après un lipofilling exclusif
Douleurs, contention et soins
Les suites d’un lipofilling concernent surtout les zones de prélèvement de la graisse. Des douleurs modérées, comparables à des courbatures, sont fréquentes pendant quelques jours et généralement bien soulagées par des antalgiques simples. Des ecchymoses (bleus) peuvent persister plusieurs semaines. Le gonflement des zones lipoaspirées (l’œdème) peut mettre plusieurs mois à disparaître complètement. Vous devez porter un vêtement de contention (panty) pendant environ un mois afin de limiter cet œdème et favoriser la rétraction de la peau.
Le sein reconstruit est généralement peu ou pas douloureux. Les incisions sont très petites et ne nécessitent habituellement ni pansement particulier ni soins de cicatrice. Il faut en revanche éviter toute compression du sein pendant les premières semaines afin de ne pas écraser la graisse récemment qu’on a injecté. Mon conseil est donc d’éviter de porter un soutien-gorge les premières semaines. Vous devrez également dormir sur le dos pendant cette période.
Un traitement anticoagulant préventif est nécessaire pendant environ deux semaines après chaque séance afin de réduire le risque de phlébite lié à la lipoaspiration. Il consiste en une injection quotidienne, réalisée par une infirmière à domicile.
Arrêt de travail, sport et vie quotidienne
Je prescris environ 10 jours d’arrêt de travail après chaque séance, principalement en raison des douleurs liées à la lipoaspiration. Cette durée dépendra de votre activité professionnelle et de votre récupération. Vous pourrez reprendre vos activités sportives après environ un mois, afin de ne pas traumatiser la graisse injectée.
Les cicatrices
Les incisions de prélèvement et d’injection sont généralement inférieures à un centimètre. Elles deviennent quasi imperceptibles avec le temps. C’est l’un des principaux avantages de cette technique par rapport à une reconstruction par lambeau, qui laisse de grandes cicatrices.
Le résultat et son évolution dans le temps
Juste après une séance, le sein paraît plus volumineux qu’il ne le sera à terme. Une partie de la graisse qu’on injecte se résorbe en effet au cours des premiers mois. Le résultat de chaque séance ne peut donc être réellement évalué qu’au moment de la suivante, et le résultat définitif qu’une fois l’ensemble du parcours achevé.
Un sein reconstruit par lipofilling est souple, chaud et mobile, avec une texture proche de celle d’un sein naturel. Comme l’autre sein, son volume évolue avec les variations de poids. En revanche, il est généralement moins projeté, c’est-à-dire moins avancé, qu’un sein reconstruit par lambeau DIEP ou par prothèse. Le volume final dépend de la quantité de graisse qui a survécu après les différentes séances. Il est donc également moins prévisible qu’avec une reconstruction par lambeau DIEP ou par prothèse. C’est pourquoi je privilégie cette technique pour la reconstruction de seins de volume modéré.
L’équipe de Pauliina Homsy, à Helsinki, a évalué par IRM 41 seins reconstruits exclusivement par lipofilling. Le volume obtenu représentait en médiane 76 % du volume du sein opposé (Homsy et al., 2023). En pratique, plus le sein à reconstruire est petit, plus il est facile d’obtenir un volume proche de celui du sein restant.
Une fois la reconstruction achevée, la graisse qui s’est intégrée aux tissus est durable. Il n’y a donc pas d’autre intervention nécessaire, contrairement à une reconstruction par prothèse.
Lipofilling exclusif après une radiothérapie : est-ce possible ?
Oui, lorsque l’état des tissus le permet. La radiothérapie diminue la vascularisation de la peau et des tissus du thorax, qui deviennent souvent plus fins, plus fibreux et plus adhérents. Or la survie de la graisse qu’on injecte dépend directement de la vascularisation des tissus receveurs. Après une radiothérapie, la prise de la graisse est donc généralement moins importante à chaque séance, ce qui peut nécessiter un plus grand nombre d’interventions.
La graisse possède toutefois un intérêt particulier dans ce contexte, car elle améliore la qualité des tissus irradiés. Dès 2007, l’équipe de Gino Rigotti, à Vérone, a rapporté chez 20 patientes présentant des séquelles sévères de radiothérapie une amélioration, voire une disparition, des symptômes chez toutes les patientes évaluées après plusieurs séances de lipofilling, associée à une régénération des tissus et à la formation de nouveaux vaisseaux (Rigotti et al., 2007).
C’est pourquoi, lors d’une reconstruction secondaire sur un thorax irradié, les premières séances ont souvent pour objectif principal d’assouplir, d’épaissir et d’améliorer la qualité des tissus, avant de construire progressivement le volume du sein.
Dans ma pratique, je débute généralement les séances environ un an après la fin de la radiothérapie. Si la peau reste très fine, rétractée et fortement adhérente, le lipofilling seul ne suffit pas : une reconstruction par lambeau, qui apporte des tissus sains et bien vascularisés, est alors préférable.
Lipofilling exclusif après radiothérapie : que montrent les études ?
En 2026, l’équipe de Zoë Kuijlaars, à Maastricht, a analysé onze études consacrées à la reconstruction complète du sein par lipofilling chez des patientes ayant reçu une radiothérapie, soit 783 patientes au total, dont des groupes de 9 à 54 patientes traitées par radiothérapie selon les études (Kuijlaars et al., 2026).
Selon les études, les patientes ayant reçu une radiothérapie nécessitaient en moyenne 3,2 à 7,6 séances, avec 109 à 293 ml de graisse injectés par séance et un volume cumulé de 490 à 1 109 ml pour achever la reconstruction. Certaines équipes rapportaient davantage de séances ou un volume total plus important qu’en l’absence de radiothérapie, tandis que d’autres retrouvaient des résultats comparables.
Les complications étaient le plus souvent mineures et la satisfaction des patientes élevée. Les auteurs soulignent toutefois que les données disponibles restent essentiellement rétrospectives et hétérogènes, ce qui limite les conclusions sur les résultats à long terme.
Ces données rejoignent mon expérience : une reconstruction complète par graisse seule reste possible après radiothérapie, mais elle nécessite souvent davantage de séances et suppose que la peau et les tissus du thorax aient conservé une souplesse suffisante.
Prix et prise en charge par la Sécurité sociale
Après un cancer du sein, la reconstruction mammaire est prise en charge à 100 % au titre de l’ALD (affection de longue durée). Les séances de lipofilling, l’anesthésie et les soins associés sont donc couverts selon vos droits. Dans le cadre du tiers payant, vous n’avez pas à avancer les frais pris en charge.
À l’Institut Curie, centre de lutte contre le cancer conventionné en secteur 1, aucun dépassement d’honoraires n’est appliqué.
Les injections de graisse dans le sein sont inscrites à la nomenclature de l’Assurance maladie (CCAM), sous les codes QEEB152 lorsque le volume injecté est d’au moins 200 cm³ et QEEB317 lorsqu’il est inférieur à 200 cm³. La nomenclature prévoit un délai minimal entre les séances et limite leur nombre total à six. Dans ma pratique, les séances sont généralement espacées de 3 à 4 mois, et leur nombre atteint parfois 5 ou 6.
La symétrisation de l’autre sein et la reconstruction de l’aréole et du mamelon bénéficient également d’une prise en charge dans le cadre de la reconstruction mammaire.
Le vêtement de contention porté après la lipoaspiration reste en revanche à votre charge. Il n’est pas remboursé par l’Assurance maladie, même si certaines mutuelles peuvent participer à son coût.
Le détail des règles de prise en charge est présenté sur la page consacrée au tarif de la reconstruction mammaire.
Pourquoi ne m’a-t-on proposé que le lipofilling exclusif ?
Cette question m’est parfois posée lors d’un second avis. Deux raisons principales peuvent expliquer que le lipofilling exclusif vous ait été présenté comme seule option.
La première tient à votre morphologie. Si le sein à reconstruire est de volume modéré et que vos réserves de graisse sont suffisantes, cette technique peut être parfaitement adaptée. Elle permet d’éviter à la fois une prothèse et la cicatrice d’un lambeau.
La seconde tient aux contraintes techniques et organisationnelles des autres méthodes. Les lambeaux DIEP ou PAP nécessitent une expertise en microchirurgie, une équipe entraînée, un temps opératoire plus long et un environnement adapté à la surveillance du lambeau. Toutes les équipes ne disposent pas de cette organisation. Le lipofilling, réalisé en ambulatoire et sans microchirurgie, constitue alors une reconstruction autologue plus facilement accessible.
Si vous souhaitez une reconstruction en une seule intervention, si votre sein est plus volumineux ou si vos réserves de graisse sont limitées, il peut être utile de demander l’avis d’une équipe maîtrisant l’ensemble des techniques de reconstruction mammaire, idéalement dans un centre de référence. Ce second avis peut conduire à proposer une autre stratégie, mais aussi confirmer que le lipofilling exclusif est bien la solution la plus adaptée à votre situation.
Foire aux questions (FAQ) sur la reconstruction par lipofilling exclusif
Peut-on vraiment reconstruire un sein entier uniquement avec de la graisse ?
Oui, à condition que le sein soit de volume modéré et que vos réserves de graisse soient suffisantes. Le volume se construit progressivement, au fil de plusieurs séances. Pour un sein volumineux, un lambeau reste préférable.
Combien de séances faut-il prévoir, et combien de temps dure la reconstruction ?
Plusieurs séances, parfois jusqu’à 5 ou 6, espacées de 3 à 4 mois, soit le plus souvent entre un et deux ans. Le nombre exact dépend du volume à reconstruire, de vos réserves de graisse, d’une éventuelle radiothérapie et de la façon dont votre organisme intègre la graisse. Je fais le point avec vous après chaque séance.
Que se passe-t-il si la graisse ne prend pas ?
Il faut savoir arrêter et changer de technique. Lorsque le volume n’augmente plus d’une séance à l’autre, multiplier les interventions n’apporte rien. Un lambeau ou une prothèse restent alors possibles : l’échec du lipofilling exclusif ne met pas fin au projet de reconstruction.
Peut-on utiliser la graisse d’une autre personne ?
Non. La graisse doit provenir de votre propre corps : celle d’une autre personne serait reconnue comme étrangère et rejetée par votre système immunitaire. Votre propre graisse, elle, ne peut pas être rejetée. C’est pourquoi des réserves suffisantes sont indispensables.
Puis-je faire retirer ma prothèse et la remplacer par ma graisse ?
Non, je ne réalise pas de lipofilling exclusif en reconstruction tertiaire, lorsqu’il s’agit de retirer une prothèse déjà en place.
Je privilégie une reconstruction par lambeau, qui remplace immédiatement le volume de l’implant par vos propres tissus et limite le risque de rétraction de la peau entre les différentes séances de lipofilling.
La graisse garde cependant une place importante en complément, pour améliorer la qualité des tissus et affiner le résultat.
Une séance de lipofilling est-elle douloureuse ?
Le sein n’est généralement pas douloureux ; les zones lipoaspirées le sont modérément pendant quelques jours. Des courbatures et des tiraillements sur le ventre, les hanches ou les cuisses sont habituels et soulagés par des antalgiques simples. Les ecchymoses disparaissent en quelques semaines.
Comment dormir et s’habiller après une séance ?
Il faudra dormir sur le dos, sans compression du sein, et porter un vêtement de contention sur les zones de prélèvement. Dormir sur le dos et éviter tout soutien-gorge serré pendant les premières semaines protège la graisse fraîchement injectée. Le panty de contention, porté environ un mois, limite le gonflement des zones lipoaspirées.
Combien de temps d’arrêt de travail après une séance ?
Environ 10 jours. Cette durée tient surtout aux douleurs des zones de prélèvement et s’adapte à votre activité professionnelle. Le sport est repris après environ un mois. Il n’y a pas de soins de pansement. Les injections quotidiennes d’anticoagulant préventif, pendant environ deux semaines, sont faites par une infirmière à domicile.
Que devient le sein reconstruit si mon poids change ?
Le sein reconstruit par graisse évolue avec votre poids, comme l’autre sein. La graisse reste un tissu vivant : son volume augmente en cas de prise de poids et diminue en cas d’amaigrissement.
Une perte de poids importante peut donc réduire le volume obtenu et modifier la symétrie. C’est pourquoi je recommande d’avoir un poids stable avant de débuter la reconstruction, puis de le maintenir autant que possible pendant le parcours.
Références scientifiques
Reconstruction du sein entier par injections de graisse
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- Lemaitre J, Boiffard F, Dravet F, Renaudeau C, Guerin-Charbonnel C, Brillaud-Meflah V. Exclusive autologous fat grafting: Feasibility, satisfaction, and quality of life. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2022. Lien PubMed | Lien DOI
- Renom M, Feuvrier D, Rolin G, Lihoreau T, Fageot J, Andreoletti JB, et al. Breast reconstruction through exclusive lipomodeling or in addition to a flap: Current status in Franche-Comté. Ann Chir Plast Esthet. 2024. Lien PubMed | Lien DOI
- Homsy P, Höckerstedt A, Hukkinen K, Kauhanen S. Total Breast Reconstruction with Lipofilling after Traditional Mastectomy without the Use of Tissue Expanders. Plast Reconstr Surg. 2023. Lien PubMed | Lien DOI
Qualité de vie comparée à la prothèse
- Piatkowski AA, Wederfoort JLM, Hommes JE, Schop SSJ, Krastev TK, van Kuijk SMJ, et al. Effect of Total Breast Reconstruction With Autologous Fat Transfer Using an Expansion Device vs Implants on Quality of Life Among Patients With Breast Cancer: A Randomized Clinical Trial. JAMA Surg. 2023. Lien PubMed | Lien DOI
Injections de graisse et radiothérapie
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- Rigotti G, Marchi A, Galiè M, Baroni G, Benati D, Krampera M, et al. Clinical treatment of radiotherapy tissue damage by lipoaspirate transplant: a healing process mediated by adipose-derived adult stem cells. Plast Reconstr Surg. 2007. Lien PubMed | Lien DOI
Sécurité oncologique
- van der Venne WBW, Michiels R, van Kuijk SMJ, Tjan-Heijnen VCG, van der Hulst RRWJ, Heuts EM, et al. Establishing oncological safety of autologous fat transfer for total breast reconstruction: Results from the multicentre BREAST-I and BREAST-II trials. Eur J Surg Oncol. 2026. Lien PubMed | Lien DOI
Pour citer cette page
Si vous êtes un professionnel de santé, un journaliste ou un étudiant, vous pouvez citer cette page selon l’un des formats suivants.
Auteur : Dr Samuel Struk, chirurgien plasticien et reconstructeur, RPPS 10101382645, Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine) et Institut Curie (Paris/Saint-Cloud).
Vancouver : Struk S. Reconstruction mammaire par lipofilling exclusif à l’Institut Curie : guide complet et prise en charge à 100 %. docteurstruk.fr [Internet]. Paris : Cabinet du Dr Samuel Struk ; mis à jour le 6 octobre 2026. Disponible sur : https://docteurstruk.fr/reconstruction-mammaire/reconstruction-mammaire-par-lipofilling-exclusif/
APA : Struk, S. (2026, 6 octobre). Reconstruction mammaire par lipofilling exclusif à l’Institut Curie : guide complet et prise en charge à 100 %. docteurstruk.fr. https://docteurstruk.fr/reconstruction-mammaire/reconstruction-mammaire-par-lipofilling-exclusif/
LES INTERVENTIONS DE RECONSTRUCTION MAMMAIRE

DOCTEUR SAMUEL STRUK
Chirurgien spécialiste en Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique
Spécialiste exclusif en chirurgie mammaire, le Dr Samuel Struk accompagne les patientes dans leur parcours de chirurgie esthétique et réparatrice du sein. Il vous reçoit en consultation pour un diagnostic sur-mesure au sein de son cabinet situé au 99, rue de Prony, 75017 Paris.
Ancien Assistant Spécialiste du prestigieux Institut Gustave Roussy (1er centre européen de lutte contre le cancer), il exerce aujourd’hui en tant que Praticien Attaché à l’Institut Curie (Saint-Cloud) pour la reconstruction mammaire complexe (microchirurgie DIEP, PAP) et réalise ses interventions de chirurgie esthétique du sein à la Clinique Ambroise Paré (Neuilly-sur-Seine).
- Inscrit au Conseil de l’Ordre des Médecins de Paris sous le n° 1410.
- Numéro RPPS : 10101382645.
- Titulaire du D.E.S.C de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique (Université Paris-Cité).
- Lauréat du Concours National de Praticien des Etablissements Publics de Santé (CNPH).
- Membre de la SOFCPRE (Société Française de Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique).
- Membre de la SOFCEP (Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens).
- Membre du SNCPRE (Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique).
Déclaration de fiabilité :
Cet article a été intégralement rédigé, revu et validé médicalement par le Dr Samuel Struk, conformément aux données acquises de la science et aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Il ne se substitue en aucun cas à une consultation médicale personnalisée.








