Cicatrice de mastectomie : aspect, surveillance, évolution.

Cet article aborde la question essentielle de la cicatrice de la mastectomie : son aspect, sa localisation, son évolution et sa surveillance.

cicatrice mastectomie
Quelle cicatrice après une mastectomie ?

Introduction

Vous devez prochainement subir une mastectomie et vous vous interrogez sur la cicatrice après l’intervention ? Cette question est fréquente chez les femmes confrontées au cancer du sein. Cet article vous explique précisément ce à quoi vous pouvez vous attendre en matière de cicatrices après une ablation du sein.

Qu’est-ce qu’une mastectomie ?

Une mastectomie consiste à retirer la glande mammaire pour traiter un cancer du sein. Il existe plusieurs types de mastectomie aujourd’hui.

La mastectomie totale implique d’enlever toute la peau du sein et l’aréole, sans reconstruction immédiate.

À l’inverse, la mastectomie conservatrice de la peau (skin-sparing mastectomy) préserve la peau du sein mais retire l’aréole. Enfin, la mastectomie conservatrice de l’aréole (nipple-sparing mastectomy) conserve toute la peau du sein, l’aréole et le mamelon. Ces deux types de mastectomie permettent une reconstruction immédiate avec prothèse ou lambeau.

En 2025, les chirurgiens proposent principalement une mastectomie conservatrice de la peau ou de l’aréole avec reconstruction immédiate. Toutefois, deux facteurs importants influencent cette décision : l’agressivité du cancer (contre-indication absolue en cas de cancer du sein inflammatoire) et les souhaits personnels de chaque patiente.

Enfin, pour les femmes ayant une poitrine tombante (ptôse mammaire), une mastectomie avec réduction de l’étui cutané combinant ablation de la glande mammaire et lifting mammaire est aussi possible. On y associe systématiquement une reconstruction par prothèse mammaire ou par lambeau.

Comment choisit-on entre tumorectomie et mastectomie ?

La tumorectomie consiste à retirer uniquement la tumeur en préservant le sein. On associe systématiquement la tumorectomie à de la radiothérapie pour traiter la glande mammaire restante. On parle de traitement conservateur du sein.

Le choix entre tumorectomie et mastectomie dépend surtout de la taille de la tumeur. Plus précisément, c’est la taille du cancer rapportée à celle du sein qui importe. La quantité de glande mammaire restante doit suffire pour permettre un remodelage esthétique du sein. Pour cela, on utilise les techniques d’oncoplastie mammaire. On remodèle la glande mammaire afin de combler le défect (le trou) consécutif à l’ablation de la tumeur.

On privilégiera toujours le traitement conservateur du sein lorsqu’il est possible. Chez les femmes ayant de petits seins, ou lorsque la tumeur est volumineuse, une mastectomie est néanmoins indispensable. De la même manière, certaines femmes préfèrent une mastectomie par choix personnel. Enfin, si l’on opte pour la mastectomie, une reconstruction mammaire immédiate est possible dans l’immense majorité des cas. Là encore, c’est un choix personnel.

Quelle cicatrice après une mastectomie ?

Le type de cicatrice dépend du type de mastectomie : mastectomie totale, conservatrice de la peau du sein, conservatrice de l’aréole ou avec réduction d’étui cutané.

Cicatrice d’une mastectomie totale

La mastectomie totale laisse une cicatrice horizontale sur le thorax.

Toute la peau du sein et l’aréole sont retirées.

La longueur de la cicatrice va dépendre de la taille du sein. Plus le sein est volumineux, plus la cicatrice sera longue.

La reconstruction mammaire aura lieu après la fin des traitements. On parle de reconstruction mammaire secondaire. Il faudra attendre au moins un an après la fin de la radiothérapie avant de débuter la reconstruction du sein. La reconstruction se fera le plus souvent à l’aide d’un lambeau.

photo cicatrice mastectomie totale
Photo de cicatrice de mastectomie totale gauche.

Cicatrice d’une mastectomie conservatrice de la peau (skin sparing mastectomy)

Elle préserve la peau du sein, mais on retire l’aréole et le mamelon.

Une cicatrice horizontale remplace alors l’aréole. Le sein est reconstruit immédiatement avec prothèse ou lambeau.

L’aréole sera reconstruite après la fin des traitements, soit à l’aide d’un tatouage 3D, soit à l’aide d’une greffe de peau et d’un petit lambeau local. Il s’agit d’une intervention simple qu’on réalise sous anesthésie locale.

photo cicatrice mastectomie conservatrice de la peau (skin sparing mastectomy)
Photo de cicatrice de mastectomie conservatrice de la peau (skin sparing mastectomy).
Reconstruction mammaire immédiate par lambeau de grand dorsal.
L’aréole sera reconstruite dans un second temps, après la fin des traitements.

Cicatrice d’une mastectomie conservatrice de l’aréole (nipple sparing mastectomy)

Seule la glande mammaire est retirée par une cicatrice située dans le sillon sous-mammaire (dans le pli du sein).

On préserve donc toute la peau du sein, l’aréole et le mamelon. La reconstruction mammaire est immédiate avec prothèse ou lambeau.

C’est la technique de choix en cas de mastectomie prophylactique pour les femmes porteuses de mutations génétiques à risque de cancer du sein. Elle est également possible en cas de cancer du sein si la tumeur n’est pas trop proche de l’aréole.

Photo de mastectomie conservatrice de l'aréole
Photo de mastectomie bilatérale conservatrice de l’aréole (nipple sparing mastectomy).
Reconstruction mammaire immédiate par prothèses.
Les cicatrices se situent sous le sein (cicatrices sous-mammaires).

Cicatrices d’une mastectomie avec réduction de l’étui cutané (skin reducing mastectomy)

En cas d’hypertrophie mammaire ou de ptôse mammaire importante, on peut combiner une réduction mammaire ou un lifting mammaire avec la mastectomie. L’objectif est de réduire le risque de nécrose cutanée en post-opératoire. On parle de mastectomie avec réduction de l’étui cutané.

Elle va laisser des cicatrices en T sur le sein : une cicatrice autour de l’aréole, une cicatrice dans le pli sous le sein et une cicatrice verticale entre les deux précédentes.

Cela peut être réalisé en un temps (en cas de cancer) ou bien en deux temps (en cas de chirurgie prophylactique du cancer du sein chez les femmes porteuses de mutations à risque).

Photo de mastectomie avec réduction de l'étui cutané
Photo de mastectomie bilatérale avec réduction de l’étui cutané.
Reconstruction mammaire immédiate par prothèses.
Cicatrices en T.

Cicatrices dans l’aisselle

Un prélèvement ganglionnaire accompagne systématiquement la mastectomie : soit par une petite cicatrice dans l’aisselle pour le ganglion sentinelle, soit par une cicatrice légèrement plus longue en cas de curage axillaire.

Enfin, le drainage est systématique quel que soit le type de mastectomie. On met en place un drain de Redon dont l’objectif est de recueillir le sang et les sérosités les jours qui suivent l’opération. Il s’agit d’un petit tuyau relié à un flacon en plastique. Le drain laissera une petite cicatrice inférieure à 1 cm à la partie latérale du thorax (sous le bras).

La reconstruction mammaire rajoute-t-elle des cicatrices après une mastectomie ?

La reconstruction mammaire immédiate ne rajoute pas de cicatrices sur le sein lui-même.

En revanche, si vous optez pour une reconstruction par lambeau (reconstruction autologue), une cicatrice sera nécessaire sur la zone du prélèvement. La localisation de la cicatrice va dépendre des tissus utilisés pour reconstruire le sein. Celle-ci peut donc se situer dans le dos (lambeau de grand dorsal), sur l’abdomen (lambeau DIEP) ou sur la cuisse (lambeau PAP).

Cicatrice lambeau grand dorsal
Cicatrice sur le dos d’un lambeau de grand dorsal.

Cicatrice ventre lambeau DIEP
Cicatrice du ventre d’un lambeau DIEP.

En cas de reconstruction par prothèse, il n’y aura pas de cicatrices supplémentaires sur votre corps. C’est là l’un des principaux avantages de la reconstruction par implant.

Quelles sont vos recommandations pour prendre soin de la cicatrice de mastectomie ?

Les soins post-opératoires de la cicatrice de mastectomie sont similaires que l’on opte ou non pour une reconstruction immédiate.

Les soins infirmiers quotidiens sont essentiels durant les premiers jours. Ils sont simples, on préconise de :

  • Nettoyer la cicatrice de mastectomie au sérum physiologique, les antiseptiques sont inutiles.
  • Renouveler le pansement (pansement sec).
  • Quantifier le volume de liquide aspiré par le drain de Redon
  • Changer le flacon du drain de Redon si nécessaire.

Par ailleurs, la cicatrice peut être lavée à l’eau et au savon doux (savon de Marseille) dès le lendemain de l’intervention, idéalement juste avant le passage de l’infirmier(e). Cela signifie que vous pourrez prendre votre douche dès le lendemain de l’intervention.

Après 15 jours, la cicatrice est solide, mais son aspect continuera à évoluer pendant 12 à 24 mois. Après la fin de la deuxième semaine post-opératoire, vous pourrez donc commencer des massages à l’aide d’une crème cicatrisante. L’hydratation quotidienne de la peau opérée aide également à une bonne cicatrisation (surtout en cas de radiothérapie).

L’arrêt du tabac est indispensable : arrêtez de fumer au minimum deux semaines avant et au moins un mois après l’intervention. Le tabac augmente significativement les risques de complications comme la nécrose cutanée, retardant la radiothérapie ou nécessitant parfois le retrait de la prothèse mammaire.

Enfin, il faudra protéger impérativement votre cicatrice du soleil pendant au moins un an.

Cicatrice de mastectomie inflammatoire : que faire ?

Il est normal que votre cicatrice soit rouge et épaisse pendant 3 à 6 mois. Toutefois, restez vigilante : si vous constatez une rougeur importante, un gonflement de la zone opérée lié à un épanchement (sérome) ou des douleurs intenses, consultez rapidement votre chirurgien.

En cas de reconstruction par prothèse, la rougeur du sein peut indiquer une infection de la prothèse. Cela représente une urgence absolue nécessitant une consultation immédiate.

Cicatrice de mastectomie qui gonfle : est-ce grave ?

Si vous constatez que la zone opérée gonfle après l’intervention, il peut s’agir d’un lymphocèle (qu’on appelle également sérome).

Un lymphocèle correspond à une accumulation de liquide au niveau de la loge de mastectomie. Ce liquide est de la lymphe. La lymphe est constituée de débris cellulaires et de sang. Elle a une couleur jaune claire ou rosée.

Cliniquement, la zone opérée gonfle en provoquant une sensation de gêne, de tension sur la cicatrice, rarement des douleurs.

L’objectif du drain de Redon est de recueillir la lymphe les premiers jours pour éviter la formation d’un lymphocèle. Néanmoins, un lymphocèle peut se former lorsqu’on retire le drain. Dans ce cas, on recommande de ponctionner le lymphocèle pour éviter qu’il s’infecte et/ou qu’il entraîne une désunion de la cicatrice. La ponction d’un lymphocèle se fait en consultation et est indolore. En cas de reconstruction par prothèse, la ponction doit être guidée par l’échographie pour ne pas piquer dans l’implant.

Cicatrice de mastectomie douloureuse : quelles solutions ?

Une cicatrice post-mastectomie ne doit normalement pas être douloureuse. Si des douleurs apparaissent, elles proviennent souvent d’adhérences formées après la chirurgie ou la radiothérapie. Des séances de kinésithérapie, incluant des massages spécifiques et des drainages lymphatiques, sont efficaces pour réduire ces douleurs en améliorant la souplesse de votre peau.

En l’absence de reconstruction, quand puis-je utiliser une prothèse mammaire externe ?

Les prothèses mammaires externes compensent l’absence de reconstruction mammaire. Elles facilitent l’habillage. On les glisse dans le soutien-gorge.

Deux types existent : mousse et silicone. Vous pouvez utiliser rapidement une prothèse en mousse après votre chirurgie. Pour les prothèses externes en silicone, il faut attendre au minimum deux mois. Votre chirurgien vous remettra un formulaire nécessaire à l’achat de votre prothèse mammaire externe en silicone en pharmacie.

Conclusion

La cicatrice après une mastectomie évolue considérablement durant la première année suivant l’opération. La radiothérapie, si elle a lieu, a pour effet bénéfique d’affiner énormément les cicatrices. Les soins infirmiers quotidiens sont essentiels, tout comme un suivi régulier avec votre chirurgien.

FAQ : les questions les plus fréquentes sur la mastectomie

Quelle différence entre mammectomie et mastectomie ?

La mammectomie et la mastectomie désignent toutes deux l’ablation chirurgicale du sein. Le terme mastectomie est plus couramment utilisé en contexte médical, tandis que mammectomie est parfois utilisé dans un langage plus familier, mais les deux termes décrivent la même intervention chirurgicale.

Quelle différence entre mastectomie partielle et mastectomie totale ?

La mastectomie partielle consiste à retirer uniquement une partie du sein affectée par une tumeur, en conservant au maximum les tissus sains. On utilise plus couramment le terme de tumorectomie pour désigner la mastectomie partielle. La mastectomie totale quant à elle implique le retrait complet de la glande mammaire, généralement pour prévenir ou traiter un cancer plus étendu.

Quel est le temps de cicatrisation après une mastectomie ?

La cicatrisation est un processus long, qui prend en moyenne 12 mois. Néanmoins, la cicatrice de mastectomie sera solide en 15 jours environ. Elle va néanmoins continuer à évoluer pendant 12 mois : d’abord rouge et épaisse, elle va ensuite s’affiner et blanchir pour avoir son aspect définitif environ 1 an après la chirurgie. A noter que la radiothérapie affine les cicatrices.

Quel est le risque de cancer du sein après une mastectomie ?

Le risque de cancer du sein après une mastectomie est considérablement réduit, mais il n’est pas totalement nul. Des cellules cancéreuses résiduelles peuvent parfois rester, particulièrement au niveau de la paroi thoracique. C’est pourquoi on peut effectuer de la radiothérapie sur la paroi thoracique après la mastectomie. Un suivi médical régulier est dans tous les cas essentiel.

La cicatrice de mastectomie va-t-elle disparaître ?

La cicatrice d’une mastectomie s’estompe généralement avec le temps, mais ne disparaît jamais complètement. Elle devient plus discrète au bout de plusieurs mois, surtout si des soins adaptés comme des massages ou des crèmes cicatrisantes sont utilisés. De plus, la radiothérapie améliore considérablement l’aspect esthétique de la cicatrice (mais elle abime aussi la peau de la paroi thoracique).

Comment bien masser la cicatrice de mastectomie ?

Pour bien masser la cicatrice, appliquez une légère pression avec des mouvements circulaires doux et réguliers, en utilisant une crème cicatrisante. Pratiquez ce massage quotidiennement, une fois la cicatrisation complète obtenue (15 jours environ), après consultation de votre chirurgien.

Quand vais-je pouvoir porter une prothèse mammaire externe ?

La prothèse mammaire externe peut généralement être portée dès que la cicatrisation complète est obtenue, soit environ 4 à 6 semaines après l’intervention. Votre chirurgien vous indiquera précisément le moment opportun selon votre cicatrisation et la radiothérapie éventuelle.

Quand vais-je pouvoir faire un tatouage sur la peau de mastectomie ?

Il est conseillé d’attendre au moins 6 à 12 mois après une mastectomie avant de réaliser un tatouage, afin de s’assurer que la cicatrisation est complète. En cas de radiothérapie, on préconise d’attendre au moins un an après la fin des rayons. Dans tous les cas, l’aval de votre chirurgien est indispensable.

La reconstruction mammaire est-elle toujours possible ?

La reconstruction mammaire est toujours possible après une mastectomie, mais elle n’est jamais obligatoire. Se faire reconstruire le sein est un choix personnel, tout comme la technique de reconstruction choisie (prothèse ou lambeau).

Comment choisir entre reconstruction mammaire immédiate et secondaire ?

Le choix entre une reconstruction mammaire immédiate (effectuée en même temps que la mastectomie) et secondaire (effectuée ultérieurement) dépend de votre état de santé, de l’agressivité de la tumeur et de vos préférences personnelles. La seule vraie contre-indication à la reconstruction mammaire immédiate est un cancer du sein inflammatoire, situation heureusement très rare.

Comment choisir entre reconstruction mammaire par prothèse et reconstruction mammaire autologue ?

La reconstruction mammaire par prothèse utilise un implant en silicone, alors que la reconstruction autologue utilise vos propres tissus, généralement prélevés sur l’abdomen (lambeau DIEP) ou le dos (lambeau grand dorsal).

Dr Samuel Struk

ARTICLE REDIGÉ PAR LE DR STRUK

Chirurgien esthétique et plasticien spécialisé en chirurgie mammaire, reconnu par le Conseil de l’Ordre de Paris.

Ancien Assistant Spécialiste à l’Institut Gustave Roussy, je suis actuellement chirurgien attaché à l’Institut Curie pour la reconstruction mammaire après cancer du sein.

Je pratique par ailleurs la chirurgie esthétique du sein dans le Groupe Hospitalier Privé Ambroise Paré – Hartmann, à Neuilly-sur-Seine.



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