
Introduction
La reconstruction mammaire après un cancer du sein est un parcours souvent semé d’émotions et de défis. Vous avez peut-être choisi cette option pour retrouver une partie de vous-même. Cependant, parfois, malgré tous les efforts, la reconstruction mammaire peut ne pas donner les résultats escomptés. Que se passe-t-il si la reconstruction mammaire échoue ? Voici un article détaillé pour comprendre les risques, les causes possibles d’un échec de reconstruction mammaire et les solutions disponibles.
Quels sont les risques que la reconstruction mammaire échoue ?
Chaque femme est unique, et les facteurs de risque d’échec d’une reconstruction du sein varient considérablement d’une patiente à l’autre. De nombreux éléments entrent en jeu, rendant difficile la prévision précise du risque d’échec pour une patiente en particulier.
Néanmoins, certains outils existent pour estimer ce risque, en tenant compte de plusieurs paramètres comme l’âge, la consommation de tabac, les comorbidités, le type de reconstruction mammaire, et s’il s’agit d’une reconstruction mammaire immédiate ou secondaire. Par exemple, le score BRA peut fournir une estimation de ce risque. On pourra utiliser ce score en consultation pour vous donner une estimation du risque d’échec, adapté à votre cas particulier et en fonction de la technique choisie.
Tabac : le principal facteur de risque
Le tabac reste le principal facteur de risque d’échec d’une reconstruction mammaire. Pourquoi ? La nicotine provoque une vasoconstriction, réduisant le flux sanguin vers les tissus et compromettant ainsi la cicatrisation.
C’est le principal facteur de risque de nécrose de la peau du sein en cas de reconstruction immédiate. Le tabagisme augmente également les risques d’infection et d’hématome. Si vous fumez, arrêtez avant l’opération. Cela augmentera les chances de succès de la reconstruction.
Comorbidités : le terrain a son importance
Certaines comorbidités (des maladies associées) augmentent également le risque d’échec d’une reconstruction du sein.
Parmi elles, le diabète joue un rôle important. Le diabète affecte la circulation sanguine (la microcirculation) et la capacité de cicatrisation, ce qui augmente le risque de complications en post opératoire. Le risque d’infection, en cas de reconstruction par prothèse, et le risque de nécrose cutanée, en cas de reconstruction immédiate, sont accrus par le diabète.
L’obésité et le surpoids sont également des facteurs de risque d’échec car ils augmentent le risque d’infection. On évitera donc les reconstructions par implants en cas d’obésité.
Type de reconstruction : des risques variables selon les techniques
Les risques ne sont pas les mêmes selon le type de reconstruction mammaire.
Une reconstruction par prothèse ne comporte pas les mêmes risques qu’une reconstruction autologue avec les propres tissus de la patiente.
De plus, les risques sont également différentes selon le timing de la reconstruction. Une reconstruction mammaire immédiate, c’est à dire réalisée en même temps que la mastectomie (ablation de la glande mammaire), comporte des risques spécifiques, distincts d’une reconstruction mammaire secondaire, effectuée plus tard, à distance d’une mastectomie totale sans reconstruction.
Radiothérapie : un facteur aggravant
La radiothérapie, couramment utilisée dans le traitement du cancer du sein, augmente le risque de complications lors de la reconstruction mammaire. Les tissus irradiés cicatrisent moins bien et sont plus susceptibles de développer des complications telles que la nécrose cutanée ou l’infection.
En cas de reconstruction immédiate par prothèse, la radiothérapie augmente le risque de coque péri prothétique (qu’on appelle également rétraction capsulaire ou contracture capsulaire).
Quelles sont les causes d’échec de reconstruction mammaire ?
Un échec de la reconstruction mammaire est la conséquence d’une complication. Ces complications varient en fonction de la méthode de reconstruction.
Causes d’échec de reconstruction par prothèse
Les prothèses mammaires peuvent s’infecter. Une infection de prothèse survient habituellement au cours du premier mois. Le sein devient rouge, douloureux et chaud. Plus tardivement, de la fièvre peut apparaître.
La nécrose cutanée, une autre complication précoce spécifique de la reconstruction immédiate, peut survenir dès les premiers jours. La nécrose de la peau de la mastectomie est la conséquence d’un manque de vascularisation. Elle se manifeste par une décoloration de la peau qui devient d’abord bleue puis noire et cartonnée. Elle finit par disparaître complètement entraînant une exposition de la prothèse. L’exposition d’un implant impose son retrait immédiat.
À long terme, une coque (rétraction ou contracture capsulaire) peut survenir, favorisée par la radiothérapie. Le sein devient dur. Si on laisse une coque évoluer, une déformation du sein apparaît. A terme, elle entraîne une gêne, un inconfort, voire de véritables douleurs.
Causes d’échec de reconstruction par lambeau
La principale cause d’échec d’un lambeau libre, comme le DIEP ou le PAP, est la thrombose vasculaire. La thrombose vasculaire signifie que les vaisseaux du lambeau, l’artère ou la veine, sont bouchés. Un lambeau libre est un tissu transplanté d’une région à l’autre du corps avec ses vaisseaux sanguins, nécessitant un temps de microchirurgie pour le revasculariser. Lorsque ces connexion se bouchent, on parle de thrombose. Une thrombose vasculaire empêche donc le sang d’affluer vers le lambeau ou d’en repartir, ce qui entraîne la nécrose et donc la perte du lambeau. Une thrombose vasculaire peut survenir au cours des cinq premiers jours après l’opération. Une surveillance rapprochée est donc obligatoire pendant cette période.
En revanche, le lambeau de grand dorsal, qui est un lambeau pédiculé, ne peut pas échouer. En effet, le fait qu’il soit pédiculé signifie qu’il reste attaché à ses vaisseaux d’origine. On le transfère par simple rotation depuis le dos vers le sein à reconstruire. C’est une technique plus ancienne de chirurgie plastique mais qui conserve d’excellentes indications (notamment en cas de sauvetage d’échec de DIEP).
Causes d’échec de reconstruction par lipofilling exclusif
On peut choisir de reconstruire un sein par lipofilling exclusif, c’est à dire par injection de graisse. Le lipofilling peut néanmoins échouer si les cellules graisseuses ne prennent pas correctement. En France, la Sécurité Sociale limite cette technique à six séances. Si les réserves de graisse sont insuffisantes, il faudra envisager une autre méthode de reconstruction.
Quelles sont les solutions si la reconstruction mammaire échoue ?
Un échec de reconstruction est une situation difficile à vivre. Néanmoins, un échec de reconstruction du sein n’est jamais définitif. Il existe toujours des solutions. Il faudra peut-être changer de méthode, mais des options sont toujours disponibles. Entre temps, une prothèse mammaire externe peut être utilisée et glissée dans le soutien gorge.
Il faut garder en tête qu’en chirurgie reconstructrice, il n’y a pas une technique qui soit meilleure que les autres, et qu’il y a toujours une solution si une technique n’a pas fonctionné.
Prise en charge d’un échec de reconstruction par prothèse
Si une reconstruction par implant échoue, il faudra attendre plusieurs mois avant de retenter la reconstruction par implant. Une alternative consiste à utiliser vos propres tissus, en passant à une reconstruction par lambeau.
Prise en charge d’un échec de reconstruction par DIEP
En cas d’échec de DIEP (ou de PAP) en reconstruction secondaire, on peut envisager une reconstruction par lambeau de grand dorsal, soit au cours de la même hospitalisation, soit plusieurs mois plus tard. Pour une reconstruction immédiate, une prothèse d’expansion ou une prothèse définitive peut être posée pour préserver la peau et temporiser.
Que faire si le lipofilling ne marche pas ?
Si le lipofilling échoue, il ne faut pas s’acharner. On peut passer à une reconstruction par implant ou par lambeau selon le choix de la patiente.
Qu’est-ce que la reconstruction mammaire tertiaire ?
La reconstruction mammaire tertiaire concerne les patientes insatisfaites de leur reconstruction initiale. Le plus souvent, il s’agit d’une reconstruction par prothèse qui devient source de gêne, d’inconfort, voire de véritables douleurs. La radiothérapie peut entraîner une rétraction des tissus, rendant le silicone sous la peau inconfortable. De plus, une coque peut apparaître plusieurs années après la reconstruction. Certaines femmes choisissent alors de se séparer de leur implant mammaire.
Dans ce cas, il est possible d’utiliser leurs propres tissus grâce à une reconstruction mammaire autologue par lambeau pour remplacer la prothèse. Le lambeau le plus utilisé est le DIEP. Si le DIEP n’est pas possible, un lambeau PAP est une alternative, surtout si le sein à reconstruire n’a pas un volume trop important.
Conclusion
L’échec d’une reconstruction mammaire peut être décourageant, mais il n’est jamais définitif. Il existe toujours des solutions pour poursuivre votre parcours de reconstruction. Discutez avec votre chirurgien des options disponibles pour trouver celle qui vous convient le mieux.

ARTICLE REDIGÉ PAR LE DR STRUK
Chirurgien esthétique et plasticien spécialisé en chirurgie mammaire, reconnu par le Conseil de l’Ordre de Paris.
Ancien Assistant Spécialiste à l’Institut Gustave Roussy, je suis actuellement chirurgien attaché à l’Institut Curie pour la reconstruction mammaire après cancer du sein.
Je pratique par ailleurs la chirurgie esthétique du sein dans le Groupe Hospitalier Privé Ambroise Paré – Hartmann, à Neuilly-sur-Seine.
