
Mastectomie préventive du cancer du sein, hypertrophie mammaire et ptôse mammaire
Envisager une mastectomie prophylactique est une décision importante pour les femmes porteuses de mutations génétiques à risque. Si vous souffrez d’hypertrophie mammaire ou de ptôse mammaire, vous vous posez peut-être la question de l’intérêt d’une réduction mammaire ou d’un lifting mammaire avant cette intervention. Cet article vous explique pourquoi on recommande de réduire les seins avant une mastectomie prophylactique. Nous aborderons également la question de la prise en charge d’une réduction mammaire ou d’une mastopexie avant une mastectomie préventive.
Quand envisager une mastectomie prophylactique ?
La mastectomie prophylactique est une chirurgie de réduction du risque de cancer du sein. Cette opération est possible pour les femmes porteuses de mutations génétiques à risque élevé de cancer. Les mutations du gène BRCA1 ou BRCA2 sont les plus fréquentes, mais d’autres mutations, comme PALB2, augmentent également le risque. Souvent, il existe une histoire familiale avec plusieurs cas de cancers du sein ou de l’ovaire survenus chez des femmes jeunes (moins de 40 ans) au sein d’une même famille. La recherche de mutations génétiques à risque nécessite une consultation d’oncogénétique préalable. Si une mutation est identifiée, la mastectomie prophylactique peut être proposée dès l’âge de 30 ans (parfois avant, à la demande de la patIente).
La mastectomie prophylactique consiste à retirer toute la glande mammaire, tout en préservant la peau du sein et l’aréole. On parle de mastectomie conservatrice de l’aréole. Pour retirer la glande mammaire, on fait une incision dans le pli sous le sein (sillon sous mammaire). On opère bien sûr les deux seins au cours de la même opération. Comme on conserve toute la peau du sein, une reconstruction mammaire immédiate est possible. Cette reconstruction peut se faire avec ou sans prothèse. Chez les femmes jeunes, on privilégie le plus souvent une reconstruction par prothèse.
Quels sont les risques de mastectomie préventive ?
Le principal risque associé à la mastectomie conservatrice de l’aréole est la nécrose de la peau du sein (ou de l’aréole). Cette complication survient lorsque l’apport sanguin à la peau est insuffisant, entraînant la mort des tissus cutanés. Il faut comprendre que l’ablation de la glande mammaire compromet une grande partie de la vascularisation de la peau. C’est pourquoi le risque de nécrose cutanée n’est pas négligeable. Les principaux facteurs de risque sont le tabac et la taille des seins.
En cas de nécrose cutanée, la prothèse mammaire se retrouve exposée, nécessitant son retrait, ce qui constitue un échec de la reconstruction. C’est pourquoi il est indispensable d’arrêter de fumer et de discuter avec votre chirurgien de la possibilité de réduire la poitrine avant l’intervention si vous souffrez d’hypertrophie mammaire.
Est-il possible de réduire les seins avant une mastectomie prophylactique ?
Chez une femme présentant une hypertrophie mammaire, il est tout à fait possible (et même recommandé) de réduire la poitrine avant la mastectomie prophylactique. La réduction mammaire consiste à retirer l’excès de glande mammaire et à remodeler le sein pour obtenir une taille plus confortable et proportionnée. L’opération se réalise sous anesthésie générale, au bloc opératoire, et dure environ deux heures. Cette intervention se fait en ambulatoire, ce qui signifie que vous pouvez rentrer chez vous le jour même. La réduction mammaire est une intervention de routine en chirurgie plastique qui comporte peu de risques. Ce n’est pas une opération particulièrement douloureuse et la convalescence est rapide (de l’ordre de 2 semaines).
Les cicatrices résultant de cette intervention forment un « T » inversé (ou une ancre de marine) avec trois cicatrices : une autour de l’aréole, une qui descend verticalement de l’aréole jusqu’au pli sous-mammaire, et une qui s’étend horizontalement le long du sillon sous mammaire. Bien que ces cicatrices soient impressionnantes immédiatement après l’opération, elles s’estompent progressivement avec le temps et deviennent discrètes.

Les mastectomies prophylactiques auront lieu quelques mois après et on ne rajoutera pas de nouvelle cicatrice sur le sein. Il suffira de passer par la cicatrice sous-mammaire.
Enfin, une IRM mammaire datant de moins de 6 mois sera indispensable avant de faire la réduction mammaire.



Peut-on simplement remonter la poitrine avant de faire une mastectomie prophylactique ?
Une femme peut avoir les seins qui tombent sans souffrir d’hypertrophie mammaire. On parle de ptôse mammaire. Les seins peuvent tomber de manière naturelle, ou bien après une grossesse ou suite à une perte de poids importante. Dans ce cas, on peut envisager un lifting mammaire (mastopexie ou cure de ptose) avant la mastectomie prophylactique pour remonter la poitrine et repositionner les aréoles à leur niveau idéal. Le lifting mammaire consiste à retirer l’excès de peau et à re-concentrer le tissu mammaire pour obtenir une poitrine plus ferme, avec des aréoles plus hautes. Dans ce cas, on retire l’excédent de peau sans retirer de glande mammaire.
Comme la réduction mammaire, la mastopexie est une opération de base en chirurgie plastique qui se réalise sous anesthésie générale, au bloc opératoire, et qui dure environ deux heures. Elle se fait aussi en ambulatoire. Les cicatrices forment également un « T » inversé, et sont les mêmes que pour une réduction mammaire.

De la même manière, on ne rajoutera pas de nouvelle cicatrice sur la poitrine pour faire la mastectomie préventive quelques mois plus tard. On passera par la cicatrice sous-mammaire (incision sous mammaire).
Une IRM mammaire datant de moins de 6 mois est indispensable avant de planifier un lifting mammaire.
Quel est l’intérêt de réduire les seins avant une mastectomie prophylactique ?
Réduire les seins en cas d’hypertrophie mammaire, ou les remonter en cas de ptose mammaire, présente plusieurs avantages importants avant une mastectomie prophylactique.
Tout d’abord, cela permet de diminuer le risque de nécrose cutanée et de l’aréole. Le risque de nécrose augmente d’autant plus que les seins sont volumineux ou tombants. En réduisant ou en remontant les seins, on diminue donc le risque que la peau ne survive pas à la mastectomie. On rappelle que la survenue d’une nécrose cutanée signe l’échec de la reconstruction mammaire immédiate par prothèse. Un implant mammaire exposé doit systématiquement être retiré.
Par ailleurs, cela améliore également le résultat esthétique de la reconstruction par prothèse. Une plus petite poitrine facilite la reconstruction et permet d’avoir un résultat plus harmonieux et plus naturel.
Enfin, une réduction mammaire ou une mastopexie préalables diminuent le risque de complications post-opératoires liées au implants mammaires. Ces complications sont le sérome (collection de liquide autour de la prothèse), l’infection de la prothèse ou la survenue d’une coque péri prothétique (rétraction capsulaire ou contracture capsulaire). En effet, le fait d’avoir réduit l’étui cutané fait que la prothèse bouge moins dans sa loge de mastectomie, qui est plus petite. C’est pourquoi il y a moins de risque de sérome (donc d’infection) et moins de risque de coque.
Au bout de combien de temps peut-on faire la mastectomie préventive ?
On recommande d’attendre 4 à 6 mois avant de réaliser une mastectomie préventive après une réduction ou un lifting mammaire. Ce délai permet l’apparition d’une néovascularisation sur la peau du sein, assurant notamment que l’aréole s’autonomise grâce à ces nouveaux vaisseaux sanguins. Respecter ce délai est indispensable et réduit significativement le risque de nécrose cutanée.
En cas d’hypertrophie mammaire ou de de ptôse mammaire, la réduction mammaire ou le lifting mammaire vont permettre d’optimiser les résultats esthétiques mais surtout d’augmenter les chances de succès de la reconstruction mammaire.
Une prise en charge par la Sécurité Sociale est-elle possible ?
Oui, la réduction mammaire et le lifting mammaire sont pris en charge par la Sécurité Sociale avant une mastectomie préventive. En France, l’Assurance Maladie couvre toutes les opérations de reconstruction mammaire après ablation du sein, qu’il s’agisse de reconstruction mammaire immédiate ou secondaire. Vous n’aurez pas besoin de faire de demande d’entente préalable pour bénéficier de cette prise en charge.
Conclusion
La mastectomie prophylactique est une excellente option pour les patientes porteuses d’une mutation à risque de cancer du sein. Si les seins sont volumineux ou s’ils tombent de façon importante, on pourra envisager une réduction mammaire ou un lifting mammaire avant les mastectomies. Cela permet à la fois de réduire les risques de complications et d’améliorer les résultats esthétiques. N’hésitez pas à discuter de cette possibilité en consultation avec votre chirurgien.

ARTICLE REDIGÉ PAR LE DR STRUK
Chirurgien esthétique et plasticien spécialisé en chirurgie mammaire, reconnu par le Conseil de l’Ordre de Paris.
Ancien Assistant Spécialiste à l’Institut Gustave Roussy, je suis actuellement chirurgien attaché à l’Institut Curie pour la reconstruction mammaire après cancer du sein.
Je pratique par ailleurs la chirurgie esthétique du sein dans le Groupe Hospitalier Privé Ambroise Paré – Hartmann, à Neuilly-sur-Seine.
