ACR4 : est-ce grave ?

La mammographie est le principal examen utilisé dans le dépistage du cancer du sein. Ses résultats sont interprétés selon la classification ACR. Cet article explicite le résultat ACR4 et la conduite à tenir dans ce cas.

ACR4 est-ce grave ?
ACR4, faut-il s’inquiéter ?

Introduction

Vous venez de réaliser une mammographie de dépistage du cancer du sein et la conclusion mentionne une classification ACR4. Naturellement, cela suscite des inquiétudes et de nombreuses interrogations. Sachez tout d’abord que cela n’est pas synonyme de cancer du sein. Néanmoins, des investigations complémentaires sont indispensables.

Cet article a pour objectif de vous expliquer précisément ce que signifie la classification ACR4. Il vous guidera également dans les prochaines étapes à suivre.

Qu’est-ce que la classification ACR ?

La classification Birads (Breast Imaging Reporting And Data System) de l’ACR (American College of Radiology) permet de décrire et classer les images obtenues par mammographie, échographie mammaire ou imagerie par résonance magnétique (IRM), en fonction de leur suspicion de cancer du sein.

La conclusion du compte rendu du radiologue doit obligatoirement mentionner cette classification.

Cette classification permet de standardiser la conduite à tenir en fonction des images décrites par le radiologue.

Cette classification va de ACR 1 à ACR 5 :

  • ACR1 (ou birads 1) : examen normal.
  • ACR2 (ou birads 2) : anomalies bénignes ne nécessitant ni surveillance ni examen complémentaire.
  • ACR3 (ou birads 3) : anomalie probablement bénigne, une surveillance à court terme est conseillée (nouveau contrôle radiologique 4 à 6 mois plus tard).
  • ACR4 (ou birads 4) : anomalie indéterminée ou suspecte qui nécessite une vérification histologique (biopsie du sein).
  • ACR5 (ou birads 5) : anomalie considérée comme maligne.

Votre résultat, ACR4, indique donc une anomalie suspecte, mais dont la nature n’est pas encore confirmée. Cela signifie que des investigations complémentaires sont indispensables afin d’écarter ou de confirmer le cancer du sein.

ACR4 : est-ce grave ?

Il est impératif de rappeler que ACR4 ne signifie pas cancer du sein.

Une lésion ACR 4 correspond à une anomalie indéterminée ou suspecte avec une probabilité de malignité de 2% à 95% selon des études. Du fait de cette grande disparité, on rajoute souvent une subdivision en ACR4a, ACR4b, et ACR4c afin de mieux apprécier le risque de cancer du sein.

Cette anomalie ACR4 nécessite impérativement une exploration approfondie afin d’obtenir rapidement un diagnostic précis. Cette étape permet de réduire le délai de prise en charge en cas de maladie avérée.

Que faut-il faire si l’examen de dépistage répond ACR4 ?

Lorsqu’une anomalie classée ACR4 est détectée, il est indispensable de réaliser une biopsie mammaire afin de préciser sa nature et d’écarter tout risque de cancer du sein.

La biopsie mammaire consiste à prélever un petit fragment de tissu mammaire pour l’analyser au microscope.

On distingue principalement deux types de biopsies :

  • la microbiopsie écho-guidée, réalisée sous contrôle échographique avec une aiguille fine pour prélever des fragments lorsqu’une anomalie est visible à l’échographie (nodule dans le sein) ;
  • la macro-biopsie stéréotaxique, effectuée sous contrôle radiologique, généralement pour des lésions uniquement visibles à la mammographie (« foyers de microcalcifications »), permettant un prélèvement plus volumineux et ciblé grâce à un guidage précis en trois dimensions.

Dans des centres spécialisés, tels que l’Institut Curie ou l’Institut Gustave Roussy, il est possible de réaliser la biopsie et d’obtenir les résultats le même jour (« consultation en un jour »). Cette prise en charge rapide permet de réduire significativement les délais d’attente et ainsi d’apporter rapidement une réponse adaptée aux patientes.

En cas de cancer du sein avéré, quel va être le traitement ?

Si le diagnostic de cancer du sein est confirmé, une équipe médicale pluridisciplinaire définira votre traitement. Ce traitement dépend de nombreux critères : taille de la tumeur, taille de votre sein, type histologique de la tumeur, agressivité de la tumeur, et présence ou non d’une extension ganglionnaire.

La chirurgie est souvent la première étape du traitement pour retirer la tumeur et empêcher sa propagation.

Dans tous les cas, le traitement d’un cancer du sein est décidé en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP). Cela signifie qu’il ne repose pas sur la décision isolée d’un médecin. Au contraire, il s’agit d’une décision collégiale afin de proposer un traitement sur mesure.

Un geste de reconstruction mammaire est-il systématique ?

La reconstruction mammaire après chirurgie du sein n’est jamais obligatoire. Cependant, elle est toujours possible, quelle que soit votre situation. Ce choix personnel peut être envisagé dès la première consultation ou plus tard dans votre parcours.

En cas de tumorectomie (ablation de la tumeur)

La tumorectomie consiste à retirer la tumeur avec une marge de tissus sains autour de façon à conserver la plus grande partie du sein. La radiothérapie est obligatoire sur le sein restant pour prévenir le risque de récidive. On parle de traitement conservateur du sein.

La tumorectomie va néanmoins créer un défect (un « trou ») au niveau du sein. Ce défect, s’il est important, peut entraîner des déformations du sein en post-opératoire. Par ailleurs, la radiothérapie entraine toujours une rétraction de la peau. Cela peut aggraver les déformations induites par la tumorectomie.

Le seul moyen de prévenir la survenue de déformations du sein après un traitement conservateur est de réaliser un geste d’oncoplastie au moment de la tumorectomie. L’oncoplastie est une technique de chirurgie plastique qui consiste à remodeler la glande mammaire afin de limiter le défect glandulaire secondaire à l’ablation de la tumeur. Associer ce remodelage glandulaire à l’ablation de la tumeur permet de limiter les séquelles esthétiques en post-opératoire.

Si des séquelles esthétiques apparaissent après la radiothérapie malgré ce geste d’oncoplastie, une correction secondaire peut aussi être envisagée afin d’améliorer l’apparence du sein. Dans la plupart des cas, on réalise des injections de graisse dans le sein (lipofilling mammaire) afin de combler un éventuel défect résiduel.

En cas de mastectomie (ablation du sein)

En cas de mastectomie, la reconstruction mammaire immédiate est toujours possible. Dans ce cas, on conservera la peau du sein (et souvent l’aréole ainsi que le mamelon).

Cette reconstruction immédiate peut se faire par différentes techniques :

  • Prothèse mammaire : implantation d’une prothèse en silicone.
  • Lambeaux : utilisation de tissus provenant de votre propre corps, notamment du dos (lambeau de grand dorsal), de l’abdomen (lambeau DIEP), ou de la cuisse (lambeau PAP).

La reconstruction mammaire immédiate n’est jamais obligatoire. Il s’agit d’une décision personnelle.

En l’absence de reconstruction immédiate, la reconstruction mammaire secondaire est toujours possible avec d’excellents résultats. Dans ce cas, on attendra la fin des traitements avant de débuter la reconstruction du sein.

Quelles sont les chances de guérison en cas de cancer du sein ?

Le pronostic du cancer du sein est le plus souvent favorable, surtout lorsqu’il est détecté et pris en charge précocement.

Plus de 90 % des femmes atteintes de cancer du sein guérissent complètement.

Le stade de la maladie au moment du diagnostic influence fortement les chances de guérison. Ainsi, une prise en charge précoce maximise considérablement la possibilité d’une guérison totale. C’est pourquoi il ne faut pas négliger une anomalie à la mammographie et agir rapidement.

Conclusion

Un résultat ACR4 à la mammographie est une source légitime d’inquiétude, mais cela n’est pas synonyme de cancer du sein. L’essentiel est de réaliser rapidement les examens complémentaires nécessaires afin de clarifier la situation. Il n’est pas rare qu’à la suite d’une biopsie, l’examen soit reclassé comme normal. En cas de cancer avéré, sachez qu’une prise en charge rapide offre d’excellentes chances de guérison. Dans tous les cas, une lésion ACR4 du sein ne doit pas être négligée.

FAQ : questions fréquentes sur le dépistage et le traitement du cancer du sein.

1. Quelles sont les recommandations de dépistage du cancer du sein en France ?

En France, le dépistage du cancer du sein est recommandé à toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans, avec une mammographie tous les deux ans. Ce dépistage permet une détection précoce et augmente considérablement les chances de guérison.

2. Que signifie ACR2 ?

ACR 2 est une classification radiologique indiquant que la mammographie est normale ou présente des anomalies bénignes sans aucun risque de cancer du sein. Aucun suivi particulier n’est nécessaire, hormis les examens réguliers de dépistage.

3. Que signifie ACR3 ?

ACR 3 désigne une anomalie probablement bénigne, avec un risque très faible de cancer du sein (inférieur à 2 %). On propose généralement une surveillance rapprochée, avec des contrôles radiologiques à court terme pour confirmer la stabilité des lésions.

4. Qu’est-ce qu’une biopsie du sein ?

Une biopsie du sein consiste à prélever un échantillon de tissu mammaire afin de l’analyser au microscope. Cet examen permet de confirmer ou d’exclure un diagnostic de cancer du sein avec précision.

5. Quelle est la différence entre une microbiopsie et une macro-biopsie du sein ?

La microbiopsie consiste à prélever des échantillons très fins de tissu à l’aide d’une aiguille creuse, sous échographie. Pour cela, il faut donc que la lésion soit visible à l’échographie. La macro-biopsie permet un prélèvement plus large, généralement réalisé sous contrôle radiographique, permettant une analyse plus étendue de la zone suspecte. Elle concerne les lésions qu’on ne voit pas à l’échographie (plages de microcalcifications).

6. En cas de cancer du sein, comment choisir entre tumorectomie et mastectomie ?

Le choix entre tumorectomie (retrait de la tumeur uniquement) et mastectomie (retrait complet du sein) dépend de nombreux facteurs : taille de la tumeur, localisation de la tumeur, taille du sein, ainsi que de vos préférences personnelles. Ce choix doit être discuté avec votre chirurgien oncologue en prenant en compte ses recommandations médicales et vos attentes.

7. Qu’est-ce qu’une oncoplastie du sein ?

L’oncoplastie du sein combine les techniques de chirurgie oncologique et de chirurgie plastique afin de traiter le cancer tout en préservant au mieux l’apparence du sein. Cette technique permet d’améliorer le résultat esthétique en cas de traitement conservateur du sein (tumorectomie).

8. En cas de mastectomie, peut-on garder la peau du sein, l’aréole et le mamelon ?

Oui, dans la plupart des cas, une mastectomie avec conservation de la peau du sein (et parfois même de l’aréole et du mamelon) est envisageable. Cette possibilité dépend essentiellement de la proximité de la tumeur par rapport à la peau (et par rapport à l’aréole si l’on souhaite la conserver). La conservation de la peau rend possible la reconstruction mammaire immédiate.

9. Comment choisir le type de reconstruction en cas de cancer du sein ?

Le choix du type de reconstruction mammaire dépend de plusieurs facteurs : vos préférences personnelles, votre morphologie, votre état de santé général, ainsi que les recommandations médicales. La reconstruction peut se faire par prothèse ou par techniques autologues (en utilisant vos propres tissus).

10. Vais-je avoir de la radiothérapie si le cancer du sein est confirmé ?

La radiothérapie est systématique après une chirurgie conservatrice du sein (tumorectomie) et parfois après une mastectomie selon les caractéristiques du cancer. Elle vise à diminuer le risque de récidive locale.

11. Vais-je avoir de la chimiothérapie en cas de cancer du sein avéré ?

La chimiothérapie dépend du type de cancer, de la taille de la tumeur et de l’envahissement éventuel des ganglions. Votre équipe médicale déterminera précisément si cette thérapie est nécessaire dans votre situation spécifique. La chimiothérapie peut avoir lieu avant la chirurgie (on parle de chimiothérapie néo-adjuvante) ou bien après la chirurgie (chimiothérapie adjuvante).

Dr Samuel Struk

ARTICLE REDIGÉ PAR LE DR STRUK

Chirurgien esthétique et plasticien spécialisé en chirurgie mammaire, reconnu par le Conseil de l’Ordre de Paris.

Ancien Assistant Spécialiste à l’Institut Gustave Roussy, je suis actuellement chirurgien attaché à l’Institut Curie pour la reconstruction mammaire après cancer du sein.

Je pratique par ailleurs la chirurgie esthétique du sein dans le Groupe Hospitalier Privé Ambroise Paré – Hartmann, à Neuilly-sur-Seine.



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